Nul ne doit estre au monde sanguinaire.
L'on voit fluer le sang des massacrez!
Songez qui touche à des vaisseaux sacrez
Se voit puny de la mesme manière.
Vous n'avez mis seulement en deroute
Ce vaisseau saint beny du Tout Puissant;
Mais vrays gloutons d'un digne et royal sang
L'avez succé ensemble goutte à goutte.
Quand il passa parmy la populace
Pour contester qu'on l'accusoit à tort,
Elle crioit qu'on le mist à la mort:
Maudits sujets naiz de maudite race.
Rougissez donc de cet arrest injuste;
Je veux qu'il soit derivé du commun.
C'estoient corbeaux dont le cri importun
Tendoit après le sang d'Abel le juste.
Vos predicans, qu'en ces vers je ne flatte,
Pour s'exempter de ce meurtre inhumain,
Par leurs escrits ils se lavent la main;
Mais ils le font ainsi que fit Pilate.
Si je voulois tracer un paralelle
A cet Aigneau qui mourut innocent,
Verroit-on pas mesme faux jugement;
Mais sur ce point je veux caller ma voille.
A ton seigneur la vie ne desrobe,
Parce qu'il peut devenir ton amy:
David le fit à Saul son ennemy,
Se contentant de luy couper sa robbe.
Vous avez leu, ô race miserable,
La saincte loy du grand Dieu souverain:
Nul ne se doit souiller de sang humain,
Car il deffend d'occire son semblable.
Bien vray qu'il dit que l'homme pour son vice,
Y persistant, est digne du cercueil.
La dent pour dent, ainsi que l'œil pour œil[229],
Ce sont decrets de la saincte justice.
Mais mon espoux, vray monarque très-sage,
A-t-il jamais trempé sa main au sang;
A-t-il jamais fait un acte meschant,
Pour desgorger sur son chef telle rage?