Ces maximes tu garderas
De point en point exactement.
Assez matin messe diras
Pour dejeuner secrettement.
Un bon bouillon avalleras
Et deux jaunes d'œuf sobrement,
Après quoy de mesme prendras
Deux noix confittes seulement[253].
Cela fait, tu ne manqueras
De prescher courageusement.
Du livre commun tireras
Ce qu'il faut dire entierement.
Tous nos dogmes enseigneras
Pour les idiotz doctement.
Des doctes conte ne tiendras
S'ils ne sont de ton sentiment;
Mais aux simples croire feras
Qu'ils ont beaucoup d'entendement,
Par où leur persuaderas
De faire oraison hardiment.
L'esprit de Dieu tu leur diras
Aimer les simples seulement.
A tes auditeurs promettras
De vivre en santé longuement.
De tous biens les asseureras
Et du ciel infailliblement.
Soubmission d'eux requerras
D'esprit et de corps mesmement.
Biens en commun sonner feras
Pour se sauver asseurément;
Ce point tu recommanderas
Comme le grand commandement.
De la part de Dieu promettras
Tout pour total delaissement.
Parfaite oraison jureras
Suivre cest abandonnement.
Le ciel pour terre donneras
Comme doit faire bon marchand.
Vicaire et curé blasmeras.
En secret et publiquement,
Excepté ceux que tu verras
S'accorder à ton sentiment.
De ceux-cy tu te serviras
Pour te prosner journellement.
Mentale oraison louëras
Comme onzième commandement.
La vocale reprouveras
Comme un petit amusement.
Petit office deffendras,
Et chapelet également.
Gagne-petit l'appelleras
Qui n'est bon que pour un enfant.
A toutes les femmes diras
Comme à tous hommes hardiment
Que le ciel tu leur fermeras
S'ils n'obéissent humblement.
D'enfer tu les menaceras
S'ils ne font tout aveuglement.
Leur couche leur interdiras
Pour aller au Saint Sacrement.
A quoy tu les obligeras
A ton gré plus ou moins souvent,
Et fortement prohiberas
D'en user jamais autrement.
Après toy livres porteras
Pour en vendre à denier content,
Et sur un chacun gaigneras
Plus que ne feroit un marchand:
Car tout le lucre qu'y feras
Se fait pour Dieu licitement.
La bourse commune enfleras
De tout gain indifferemment.
Plus de biens y ramasseras,
Meilleur sera ton traittement.
Au Bruno vogue donneras,
Vers les plus despourveus d'argent.
L'Introduction louëras
Aux femmes principalement.
Mais les Thoniels tu mettras[254]
A deux doigts du firmament.
A tout propos tu chanteras
Que c'est un docteur eminent;
Mais pour l'oraison tu diras
Qu'il n'en est point de plus sçavant.
Autre que toy ne permettras
En debiter publiquement,
Et ton gain ne partageras
Avec aucun autre marchand.
Comme un fol tu descrieras.
Si quelqu'un d'en vendre entreprend.
Nul billet tu ne donneras
Qu'à ceux du party nommément;
Les autres tu ne permettras
S'en pourvoir que chez ton ageant[255],
Ny le libraire nommeras
Qui nous les vend uniquement.
Par puissance tu chasseras
Qui les revendroit autrement.
Travaillant tu conserveras
Ta santé fort soigneusement.
Trois heures tu confesseras[256],
Après quoy pas un seul moment;
Le restant congedieras
Quoiqu'il t'en conjure instamment.
Chaque semaine un jour prendras
Pour te reposer doucement,
Et ton embonpoint ne perdras
Pour le donner trop de tourment.
Au sortir de la chaire[257] iras
Te faire secher promptement.
Un bon feu te procureras
Pour empescher l'enroüement.
Deux devotes tu meneras
Pour te frotter soigneusement;
Mais pour l'exemple tu feras
Que le tout soit secrètement.
Ce faisant tu reformeras
L'Eglise apostoliquement,
Et dans peu de temps luy rendras
Son lustre et premier ornement.
Des champs à la ville viendras
Plein comme un œuf fait fraischement;
Sur ton cheval tu porteras
Du temporel abondamment.
Dans l'âme tu tesmoigneras
Rapporter grand contentement.
Si tu veux, alors escriras
Livres de grand emolument[258],
Et justement le signeras
De L'Amour divin l'Instrument.
Instruction du directeur general aux femmes mariées de la Caballe.
De bon matin te lèveras
A la même heure règlement;
Au galetas[259] tu monteras
Pour mediter plus hautement;
Ta famille y recueilleras
Sans souffrir qu'aucun soit absent;
Mais en peine ne te mettras
Si quelqu'un medite en dormant.
De ce lieu tu ne bougeras
Que le temps coulé pleinement;
De là pour rien ne sortiras
Quand il presseroit grandement.
Ton oraison n'interrompras
Quelque cause le demandant.
Beaucoup moins du tout l'obmettras
Pour ne pecher mortellement.
Quand un des tiens reconnoistras
Parler contre ce document,
De ta maison le chasseras
Comme du demon l'instrument.
Les pedagogues recevras
Veu mon billet tant seulement,
Aveuglement tu les prendras
Comme envoyé du firmament.
De luy les points ecouteras
Soir et matin en te levant.
Mesme respect tu luy rendras
Comme à moy personnellement.
Dans ta maison rien ne feras
Sans consulter mon lieutenant,
Et plus mal ne le traitteras
Que s'il estoit ton propre enfant.
A ton mary n'obeïras
Qu'à ta volonté seulement.
Cependant tu travailleras
De le posseder pleinement;
Du mariage luy diras
Que c'est certes un sacrement,
Mais par addresse tascheras
De l'en degouter doucement[260].
L'oraison tu luy prescheras
Comme un plaisir plus innocent;
Le devoir luy refuseras
Sur l'accez du Saint-Sacrement.
Le mesme aux festes tu feras
Pour les chaumer plus saintement;
Par là tu le degouteras
Et n'auras de luy plus d'enfant.
Ceux que desjà possible auras,
S'ils sont enfans tant seulement,
En pension tu les mettras
A beau conte en mon logement,
Et plus ne l'en soucieras,
Mais de prier uniquement.
A moy tu t'en rapporteras,
J'en auray soin fidelement.
S'ils sont grands, tu commenceras
D'agir imperieusement,
Pleine authorité tu prendras
Pour les conduire absolument;
Aux miens tu les obligeras
De se confesser règlement,
Et tu les desheriteras
S'ils ne le font exactement.
Le mesme au serviteur diras
Et servantes pareillement.
Puis ton mary tu rangeras
Par pieté subtilement:
De l'enfer souvent parleras
Pour luy troubler l'entendement;
Comme toy le disposeras
A suivre notre reglement.
Ta maison à Dieu gagneras
Si j'en suis maître absolument.
Cela fait, les clefs saisiras
Du cabinet[261] et de l'argent;
De tous les biens disposeras
Par la clef de ce document;
Avec l'oraison tu feras
Plus qu'on ne fait communement
Coffre et cabinet ouvriras
Et non pas le ciel seulement;
Mais ingrate tu ne seras
A ton directeur bienfaisant,
Par qui chez toi gouverneras
Biens et mary pareillement;
A moy donc tu te soumettras
Pour ta conduitte entierrement.
Jusqu'à la mort tu regneras,
Si je te dresse uniquement.
Ta maison commune rendras
A tous ceux de mon regiment.
Ton argent propre ne diras,
Mais le tiendras indifferent.
Plus volontiers le donneras
Au plus petit commandement,
Que pour t'enrichir ne prendras
Ce qui t'est dû bien justement;
Chez moy tribut apporteras,
Preuve de ton destachement.
Chemises, linceuls[262] donneras
Pour vestir mes gens du Levant.
L'argent mesme n'espargneras
Sans esperer remboursement,
Car à grand honneur tu tiendras
De fournir à ce qu'on pretend.
Aucune aumosne ne feras
Aux capucins absolument.
Hermite et moine escarteras
Par un: Dieu vous doin[263]! seulement,
Jusques à ce que tu sauras
Qu'ils parlent de nous autrement,
Les jesuites fuïras
Comme je les crains grandement;
De mes secrets ne leur diras
Pas même le plus innocent.
Par cela seul tu les craindras
Qu'ils me veulent mettre à néant,
Au grand directeur tu feras
Ta confession sechement.
Tous tes péchez tu luy diras
A l'oreille confidemment;
De tout pire rien ne craindras
Pour ton meilleur gouvernement,
Et boiser de paix recevras
Comme seau de ce sacrement.
Continence tu garderas
Avec ton mary frequemment[264],
Et pour ce faire te mettras
Dedans un sac separement.
Nul domestique ne prendras
Que de nostre main seulement.
D'artisan ne te serviras
Qui ne soit de nostre element.
Bien moins les tiens allieras
A qui de mediter n'apprend.
Vis au reste ainsi que voudras:
En observant ce reglement,
Tout droit au ciel tu t'en iras,
N'en doute mie, asseurement
Après la mort y monteras
Beaucoup plus viste que le vent.
Mais reprouvée tu seras
Si tu ne gardes ton serment.
Chanson nouvelle de la Boutique Barbifique, sur l'air:
AH FRIPONNE! AH COQUINE!
Vien çà, ma Musette,
De longtemps tu n'as chanté,
Ne sois pas muette.
Pour la confraternité.
Un venerable ouvrier
Implore ton mestier
A l'honneur de sa boutique
Barbifique, barbifique,
Car c'est un barbier,
Suy donc le menage
D'un si celèbre artisan,
Apprens-nous l'usage
Qu'il en sçait faire à present.
Tant de divers outils
Si nets et si gentils,
N'estant plus une boutique
Barbifique, barbifique,
A quoi servent-ils?
Tout change d'usage,
Les outils les plus cruels,
Rasoir et badinage
Deviennent spirituels.
Sainte conversion
A depuis peu, dit-on,
Sceu faire d'une boutique
Mechanique, mechanique,
Maison d'oraison.
Le Rasoir.