Reponse de Mademoiselle de Scudery.
Vous sçavez bien, Monsieur, que je suis accoutumée d'entendre parler des lapins, des fauvettes et des abricots[314]; mais après tout je n'ai pas laissé d'être surprise de la conversation que vous avez eue avec votre louis d'or, et je le trouve si bien instruit des choses du monde que j'en suis étonnée.
Quand il seroit du temps des premiers jacobus,
Des nobles à la rose et des vieux carolus,
Il ne sçauroit pas plus de choses.
Ovide a moins que lui fait de metamorphoses.
Il fait aux plus galans d'agréables leçons;
Il raille, il fait des vers de toutes les façons.
Mais ce qu'il fait de plus etrange,
C'est qu'entre mes mains il se range;
Car ses frères ne m'aiment pas.
Ils n'ont aussi pour moi que de foibles appas,
Et par le mepris je m'en vange.
Mais pour ce Louis d'or que je reçois de vous,
De qui la gloire est immortelle,
Qui ne craint plus ni touche ni coupelle,
Il fait seul un trésor dont mon cœur est jaloux.
Voilà, Monsieur, tout ce qu'une malade vous peut repondre; mais je vous assure que ce n'est pas tout ce qu'elle pense, et que, si Sapho se portoit bien, elle vous loueroit de meilleure grâce et vous remercieroit avec plus d'esprit. Que sçay-je même si, passant des louanges de votre Louis d'or à un sujet plus relevé, elle ne se sentiroit point inspirée de vous parler:
D'un Louis dont la vie, en merveilles feconde,
Est l'ouvrage du ciel et le bonheur du monde,
Dont le bras triomphant et les charmes vainqueurs
Domptent les nations et captivent les cœurs;
D'un Jule dont les soins redonnent à la France
Les jeux et les plaisirs, la paix et l'abondance,
Qui va faire couler dans nos heureux climats
Ces larges fleuves d'or, la force des Etats,
Et gemir de regret le Pactole et le Tage
Que la Fable a flattez d'un pareil avantage;
D'un Jule dont les soins ont nos desirs bornez;
Dont les sages conseils, justement couronnez,
Font voir à l'univers que la plus belle gloire
Est de cesser de vaincre au fort de la victoire.
Mais je m'apperçois que ce sujet là est trop relevé pour moi, et qu'il vaut beaucoup mieux ne rien dire que de n'en pas dire assez. Il n'en est pas de même de vous, Monsieur; au contraire, je vous exhorte à faire quelque ouvrage plus grand à la gloire de ceux que vous avez loués en huit vers seulement, car il ne faut pas faire des portraits en petit d'un grand héros, comme on en fait d'une maîtresse, puisqu'on ne doit avoir les uns que pour les cacher, et que les autres doivent être vus de tout le monde.
FIN.