De sorte que le monologue fut très-long, et que j’eus le temps de faire sept cents lieues en allant toujours tout droit avant d’avoir pris aucun parti.
De temps en temps, de centaine de lieues en centaine de lieues, par exemple, il m’était bien arrivé, un peu pour l’acquit de ma conscience, je l’avoue, de m’abîmer de quelques pieds sous les flots, dans la louable intention d’aller tout au fond pour y rester; mais, pour une raison ou pour une autre, je me retrouvais bientôt à la surface, et, je dois le dire, après chaque nouvelle tentative, l’air me paraissait toujours meilleur à respirer.
Je venais de manquer mon septième ou huitième suicide, et j’étais bien décidé à en rester là et à vivre, puisque enfin je paraissais y tenir, quand, en revoyant la lumière, je trouvai tout d’un coup à mes côtés un Oiseau dont l’air simple, naïf et sensé me gagna le cœur tout d’abord.
«Qu’avez-vous donc été faire là-dessous, monsieur le Pingouin?» me dit-il en me faisant un beau salut.
Comme la question ne laissait pas que d’être embarrassante, je lui fis signe que je n’en savais rien.
«Et où allez-vous? ajouta-t-il.
—Je ne le sais pas davantage, lui répondis-je.
—Eh bien, alors, allons ensemble.»
J’acceptai bien volontiers; car, à vrai dire, j’en avais par-dessus la tête d’être seul.
Chemin faisant, je lui racontai mes malheurs, qu’il écouta avec beaucoup d’attention et sans m’interrompre.