Quand j’eus fini, il me demanda ce que je comptais faire; je lui dis alors que j’avais une demi-envie de courir après celle que j’aimais.
«Tant que vous courrez, cela ira bien, me répondit-il, car en amour mieux vaut poursuivre que tenir; mais s’il vous arrive de trouver celle que vous cherchez, vos misères recommenceront.»
Et, comme j’avais l’air surpris de cette singulière assertion:
«Comment voulez-vous qu’une Mouette vous aime? reprit-il; les Mouettes s’aiment entre elles, comme les Pingouins doivent s’aimer entre eux. Quelle idée vous a pris, à vous qui êtes un Oiseau plein d’embonpoint, d’aimer une de ces vivantes bouffées de plumes qui ne peuvent pas rester en place, et que le diable et le vent emportent toujours?
—Ma foi! m’écriai-je, si je sais quelque chose, ce n’est pas comment vient l’amour. Quant au mien, il m’est venu, ou plutôt il m’est tombé du ciel, comme j’ai eu l’honneur de vous le dire.
—Du ciel! s’écria à son tour mon compagnon de route. Voilà bien le langage des amoureux! A les en croire, le ciel serait toujours de moitié dans leurs affaires.
—Vous m’avez l’air bien revenu de tout, lui dis-je, monsieur; que vous est-il donc arrivé? Est-ce que vous êtes malheureux?»
Mon nouvel ami ne répondit à ma question que par un sourire assez triste; il se trouvait là un rocher que la marée basse avait laissé à découvert, il y grimpa après m’avoir témoigné qu’il serait bien aise de se reposer un peu, et je fis comme lui.
Et comme il se taisait, je me tus aussi, me contentant de l’examiner en silence. Il avait l’air extrêmement préoccupé, et, par discrétion, je me tins à l’écart.
Au bout de quelques minutes il fit un mouvement, et je crus pouvoir me rapprocher de lui.