—Messieurs les Animaux civilisés se regardent avec effroi; le Lièvre prend la fuite.—

L’orateur jette par trois fois le cri de guerre; il veut la guerre, il aime le sang; d’ailleurs la guerre seule, une guerre d’extermination, amènera cette paix que tant d’Animaux paraissent désirer.

«La guerre est possible; les grands capitaines n’ont jamais manqué aux grandes occasions, et le succès est certain.»

Il cite l’exemple des Moucherons détruisant l’armée de Sapor, roi de Perse.

—Ici la Guêpe sonne une fanfare.—

Il dit Tarragone d’Espagne minée, renversée par des Lapins, dont la haine des Hommes avait fait autant de Héros.

—Le Lapin, émerveillé, détourne la tête et fait un mouvement d’incrédulité.—

Il rappelle Alexandre le Grand vaincu en combat naval par les Thons de la mer des Indes.

—Les Poissons du bassin, que cette scène avait vivement intéressés, et qui de loin prêtaient l’oreille à la voix puissante de l’orateur, rougissent d’orgueil au récit inattendu de ce haut fait.—

Il s’écrie qu’en présence d’intérêts aussi opposés la guerre est inévitable et toute transaction impossible; que le règne de cet Animal dégénéré qu’on appelle l’Homme est fini, et qu’il est temps que l’empire du globe, aujourd’hui mutilé, défiguré, déboisé par les chemins de fer et par les chemins vicinaux, revienne aux Animaux, ses premiers, ses seuls légitimes possesseurs; que les maux qu’on endort ne dorment que d’un œil, et que la révolte n’est que la patience poussée à bout.