Il termine par un éloquent appel aux armes. Il convie le Loup, le Léopard, le Sanglier, l’Aigle et tous ceux qui veulent vivre libres, à la défense de la nationalité animale, qui ne peut pas périr.

La Gauche tout entière bondit sur ses bancs. La Droite, pour un instant galvanisée, applaudit. Le centre reste impassible et refuse de se prononcer; l’Écrevisse consternée lève les bras au ciel.

Un Cheval anglais, autrefois Cheval de luxe, maintenant a poor hack, demande la parole pour un fait personnel.

L’accent britannique de l’orateur rend fort pénible la tâche de MM. les sténographes, qui sont obligés de traduire le langage presque inintelligible de l’honorable étranger.

«Nobles Bêtes, dit-il, je n’entends rien à la question des chemins vicinaux; mais, dans la grande question des chemins de fer, je suis de l’avis de l’illustre Tigre qui vient de parler. Je gagnais mon foin à la sueur de mon front, en trottant quatre ou cinq fois par jour de Londres à Greenwich: le jour même de l’ouverture du chemin de fer, mon maître s’est embarqué, et je me suis trouvé sans ouvrage. L’Angleterre est traversée en tous sens par ces odieuses voitures qui roulent sans notre secours. Je demande ou qu’on détruise les chemins de fer, ou qu’on me permette d’être Français. J’aime la France parce que les chemins de fer y sont relativement rares, et les Chevaux aussi.»

Un gros Cheval de la Beauce, qui avait la veille amené de Chartres à Paris une énorme voiture chargée de blé, hennit d’impatience; il dit que ces Chevaux étrangers ne sont jamais contents, et qu’ils se plaignent toujours que la mariée soit trop belle. Selon lui, tout Animal de bon sens devrait applaudir à l’établissement des chemins de fer.

Le Bœuf et l’Ane, de leur place: «Oui, oui.»

L’attention étant un peu fatiguée, M. le Président annonce que la séance est suspendue pour dix minutes.

Mais bientôt le bruit de la sonnette se fait entendre, et MM. les délégués reprennent leurs places avec une promptitude qui témoigne tout à la fois de leur ardeur et de leur nouveauté parlementaire.

Le Rossignol voltige jusqu’à la tribune; il demande à Dieu un ciel pur et de chaudes nuits pour ses chansons; il chante sur un rhythme divin quelques stances harmonieuses de Lamartine.