Je pourrais en rester là; mais, puisque j’en ai tant dit, j’irai jusqu’au bout: car, aussi bien, j’ai encore un aveu à faire.

Je rêvai un jour que je revoyais celle que j’avais tant aimée, et qu’elle m’appelait.

Dans mon rêve je la revis si bien, ainsi que la place où je croyais la voir, que, quand je me réveillai, je me persuadai que si cette place existait quelque part, en cherchant bien je la trouverais.

Je résolus donc de partir, et après avoir fait quelques préparatifs et prétexté une mission diplomatique, je m’en allai laissant là ma femme et mes enfants, ce qui était fort mal.

Pendant deux ans tout au moins je courus le monde sans rien rencontrer de ce que je cherchais, et ne retirai aucun fruit de mes voyages, sinon que j’appris que les vagues de la Méditerranée sont plus courtes que celles de l’Océan, et qu’il y a sur ce globe sept fois plus de surface d’eau que de surface de terre, ce qui me donna, entre autres idées, une grande idée des poissons.

Mais tout d’un coup, et au moment où je commençais à désespérer, je retrouvai sur un banc de sable... et accroupie sur les restes immondes d’une Baleine échouée... et en compagnie d’un ignoble Cormoran, le plus lâche des Oiseaux de mer, cette Mouette éthérée, cette beauté parfaite, cette Péri, cette sylphide, dont la séduisante image avait obsédé ma vie.

Et c’est ainsi que j’appris que tout ce qui brille n’est pas or, et qu’avant de donner son cœur on ne ferait pas mal d’y regarder à deux fois; que dis-je? à cent fois, dût-on finir par y voir toujours trop clair, et ne le donner jamais.

O mon premier amour! combien il m’en coûta de rougir de vous! Que devins-je quand je découvris que j’avais couru après un fantôme, que j’avais adoré un faux dieu, et que cette Mouette sans égale n’était qu’une Mouette de la pire espèce.

L’habitude du malheur finit par rendre ingénieux à s’en consoler.

«Tout est bien! m’écriai-je; mieux vaut la dure vérité que le plus doux mensonge.»