—Mais, repris-je, si l’on ne songe qu’à se parer, si l’on met sur sa personne tout ce qu’on possède, comment vont le ménage, la maison?...

—La maison! le ménage! interrompit mon guide en ricanant; fi donc! cela était bon pour nos grand’mères.

—Et le budget? et ces deux fameux bouts de l’année qu’il est si important, pour le bon ordre, de savoir joindre ensemble?

—Cela ne vous regarde pas, ni moi non plus.»

Deux Insectes assez laids devisaient ensemble dans un coin.

«Qui sont ces êtres-là? demandai-je au Hanneton.

—Ce sont, me dit-il, des Fourmis-Lions de finance. Leurs mœurs sont bizarres. Ils s’assemblent le matin dans un temple consacré à leurs exercices, et là ils creusent des trémies souterraines sous les pas les uns des autres, ce qui rend le terrain de ce temple mouvant et dangereux. Les maladroits et les innocents trébuchent dans ces trémies, où ils sont à l’instant dévorés. Quand le Fourmi-Lion a sucé quelque bonne proie dans la journée, il se pavane volontiers le soir. Sa femelle est une Libellule dorée fort couverte de bijoux.»

Je laissai les Fourmis-Lions parler ensemble de leurs trémies, et j’écoutai de préférence le chuchotement des Libellules.

«Ma chère amie, disait l’une d’elles, vous avez un jeune Cousin chanteur qui voltige autour de vous, sur lequel nous pourrions jaser si nous le voulions. Il fera l’un de ces jours une morsure au front de votre vieux Vulcain.

—Bah! comment voulez-vous que nous nous entendions? Nous n’avons pas les mêmes goûts. Il me querelle quand je mange des pastilles pendant qu’on joue des sonates ou des quatuors de Haydn ou de Mozart. Ce n’est pas ainsi qu’il s’emparera de mon cœur. Mais, ma chère amie, nous aurions bien plutôt à jaser sur ce vieux Grand-Paon qui vous conte des douceurs.