Je me penchai vers mon guide.
«Allons voir d’autres Animaux, lui dis-je à l’oreille.
—Bien volontiers.»
Le Hanneton prit son vol à travers le jardin, et me conduisit dans un endroit que je ne connaissais pas. Son nom lui venait d’une ancienne chaussée sur laquelle on l’avait établi. Mon compagnon entra dans une belle tulipe richement tendue à l’intérieur, où j’aperçus une foule d’Insectes variés.
«Vous voyez, me dit le Hanneton, toute la race entomique. Il y a des Paons, des Amiraux, des Maréchaux, des Princes, des Comtes, des Caniculaires, des Pouparts, des Satyres, voire même des Vulcains et des Argus.»
Vous savez que, nous autres Scarabées, nous descendons d’une race d’Insectes égyptiens habitués de longue main à déchiffrer les hiéroglyphes de la physionomie et à lire couramment l’almanach du visage. Je compris tout de suite que dans cette société brillante les femelles rangées en cercle et parées de leurs plus beaux atours ne songeaient qu’à se toiser entre elles des pieds à la tête. On voyait que chacune d’elles épluchait avec soin la toilette de ses voisines. Pendant ce temps-là, les mâles, dressés sur leurs ergots, se tenaient à distance.
«Mais, dis-je à mon compagnon, cette société choisie n’a point du tout l’air de s’amuser. Je ne voudrais pourtant pas juger légèrement un si beau monde; écoutons donc un peu ce qu’on y chuchote tout bas.»
De jeunes Pouparts bien frisés, tirés à quatre épingles, parlaient entre eux de leur chasse, de leurs dîners et de leurs gageures, toutes choses dont ils auraient pu s’entretenir aussi bien partout ailleurs, à moins de frais. Deux Belles-Dames jasaient ensemble à l’abri de leurs éventails. Je me glissai derrière elles pour les écouter. Quelle fut ma surprise quand je les entendis se servir d’expressions familières aux Insectes les plus méprisables! Elles ne parlaient, d’ailleurs, que des moyens d’extirper de la poche de leurs maris le plus d’argent possible. Mes antennes se dressèrent d’horreur sur ma tête.
«Oh! oh! dis-je à mon compagnon; voilà donc ce que vous appelez les plaisirs du monde! Dans le modeste champ où je suis né les choses ne se passent point ainsi. Quand une simple jardinière met sa toilette du dimanche, c’est pour tâcher de plaire à quelque jardinier; les mâles ne vont point d’un côté et les femelles de l’autre. Si l’on y offense la grammaire, c’est sans le vouloir, et l’on ne cherche pas à imiter le langage des Punaises.
—Que voulez-vous? me répondit le Hanneton; la mode est un tyran qui gouverne le langage tout comme la toilette, et il faut bien lui obéir.