—Vous donnez donc l’avantage au siècle d’Auguste?»

Un nouveau cri plus ironique que le premier me coupa la parole.

«Le siècle d’Auguste! qu’est-ce que c’est? Nous ne connaissons pas le siècle d’Auguste.

—Peut-être avez-vous raison de croire que la renaissance...

—La renaissance est un temps de décadence.

—Excusez-moi, je n’y songeais pas. Le mot l’indique assez: on comprend que renaître veut dire décroître.

—Sans doute. Cela est clair.

—Reste donc le grand siècle dix-septième.»

A ces mots, un hourra général d’indignation couvrit ma voix.

«Quel est ce Coléoptère iroquois? s’écrièrent en chœur les Cochenilles. Vous avez donc vécu dans un trou? Apprenez que tout ce qui est connu, admis, sanctionné par la postérité, nous le méconnaissons, nous le démolissons, nous le réduisons à zéro. Tout ce qui est, au contraire, ignoré, obscur, plongé dans la poussière de l’oubli, nous le nettoyons, nous le ressuscitons, nous l’exaltons, nous le restaurons du vernis de notre enthousiasme. Comme on vous le disait donc, il n’y eut jamais qu’une belle et grande époque; elle a duré vingt ans et trois mois; ce fut vers l’an 1021, et chez les Sarrasins, du temps d’Averrhoès. Les arts ont extrêmement fleuri alors dans un petit bourg de l’Afrique orientale. En comparaison de cette époque-là, il n’y avait rien qui vaille dans les quatre siècles qu’on cite éternellement.»