—Eh bien, monsieur, cet ennemi que l’exquise raison de mon jeune ami avait appris à connaître, cet être chez qui le désœuvrement et l’orgueil ont civilisé la férocité et la barbarie, cet Homme, puisqu’il faut l’appeler par son nom, est venu appliquer à l’infortunée Cocotte une ancienne idée de Poule au riz, qui avait fait déjà bien des victimes parmi les Poules et parmi ceux qui les mangent, car c’est une détestable chose; mais je ne m’en plains pas, il faut que justice se fasse!
«Elle a succombé, et son malheureux amant, attiré par ses cris, a payé de sa vie un dévouement dont on n’a guère d’exemples chez nous. Je n’en connaissais qu’un, et l’autre soir on m’a prouvé, plus clairement que deux et deux font quatre, que mon héros était bon à pendre, ce qui fait que j’ai maintenant le cœur très-dur, de peur d’être sensible injustement.
—On ne saurait prendre trop de précautions. Et le Coq?
—Tenez, écoutez; le voilà qui chante!
—Bah! le même?
—Et qu’importe, mon Dieu! que l’individu soit changé, si les sentiments de l’autre revivent dans celui-là, si c’est toujours le même égoïsme, la même brutalité, la même sottise?
—Allons au fond des choses, mon ami Breloque, lui dis-je. Je crois que vous ne lui avez pas encore pardonné la fuite de l’Apollon?
—Oh! détrompez-vous. Je crois pouvoir affirmer que mon cœur n’a jamais gardé rancune à personne en particulier; c’est pour cela que j’ai peut-être le droit de haïr beaucoup de choses en général.
—N’auriez-vous pas pour les Coqs la même haine de préjugé que j’ai, moi, pour les Renards? Je serais bien libre de vous faire un conte fantastique sur ceux-ci, comme vous m’en avez fait un sur ceux-là. N’ayez-pas peur, je m’en garderai bien; et d’ailleurs, vous ne croiriez pas plus au mien que je ne crois au vôtre, parce qu’il est déraisonnable de se mettre en guerre avec les idées reçues, et de dire des absurdités que personne n’a jamais dites.
—Je voudrais, répliqua Breloque, qu’on me démontrât l’urgence d’être en accord parfait avec tout ce qui est reçu depuis le déluge et peut-être auparavant, quand on fait un conte, et de dire des absurdités que tout le monde a déjà dites.