—Hein! vous voyez, tous les Hommes sont des enfants, l’intérêt les aveugle, et pour les mener il suffit de connaître leurs intérêts, dit le jeune journaliste à mon maître, quand l’unitariste fut parti.

—Nous sommes sauvés!» dit Marmus.

Une notice fut donc savamment rédigée sur le Zèbre du centre de l’Afrique par le plus habile disciple du grand philosophe, qui, plus hardi sous le nom de Marmus, formula complétement la doctrine. Mes deux maîtres entrèrent alors dans la phase la plus amusante de la célébrité. Tous deux se virent accablés d’invitations à dîner en ville, de soirées, de matinées dansantes. Ils furent proclamés savants et illustres par tant de monde, qu’ils eurent trop de complices pour jamais être autre chose que des savants du premier ordre. L’épreuve du beau travail de Marmus fut envoyée au baron Cerceau. L’Académie des sciences trouva dès lors l’affaire si grave, qu’aucun académicien n’osait donner un avis.

«Il faut voir, il faut attendre,» disait-on.

M. Salteinbeck, le savant belge, avait pris la poste. M. Vos-man-Betten de Hollande, et l’illustre Fabricius Gobtoussell étaient en route pour voir ce fameux Zèbre, ainsi que sir Fairnight. Le jeune et ardent disciple de la doctrine de l’Unité zoologique travaillait à un mémoire dont les conclusions étaient terribles contre les formules de Cerceau.

Déjà, dans la botanique, un parti se formait, qui tenait pour l’Unité de composition des plantes. L’illustre professeur de Candolle, le non moins illustre de Mirbel, éclairés par les audacieux travaux de M. Dutrochet, hésitaient encore par pure condescendance pour l’autorité de Cerceau. L’opinion d’une parité de composition chez les produits de la botanique et chez ceux de la zoologie gagnait du terrain. Cerceau décida le ministre à visiter le Zèbre. Je marchais alors au gré de mes maîtres. Le charlatan m’avait fait une queue de vache, et mes bandes jaunes et noires me donnaient une parfaite ressemblance avec une guérite autrichienne.

«C’est étonnant! dit le ministre en me voyant me porter alternativement sur les deux pieds gauches et sur les deux pieds droits pour marcher.

—Étonnant, dit l’académicien; mais ce ne serait pas inexplicable.

—Je ne sais pas, dit l’âpre orateur devenu complaisant ministre, comment on peut conclure de la diversité à l’unité.

—Affaire d’entêté,» dit spirituellement Marmus sans se prononcer encore.