Les bourgeois, les Femmes s’extasièrent. Rien n’était plus instructif, ni plus intéressant. Quelle éloquence! on n’entendait de si belles choses qu’en France!

La province lut dans tous les journaux ce fait, à la rubrique de Paris:

«Hier, à l’Athénée, a eu lieu l’ouverture du cours d’Instincts comparés, par le plus habile élève de l’illustre Marmus, le créateur de cette nouvelle science, et cette première séance a réalisé tout ce qu’on en attendait. Les Émeutiers de la science avaient espéré trouver un allié dans ce grand zoologiste; mais il a été démontré que l’Instinct était en harmonie avec la Forme. Aussi l’auditoire a-t-il manifesté la plus vive approbation en trouvant Marmus d’accord avec notre illustre Cerceau.»

Les partisans du grand philosophe furent consternés; ils devinaient bien qu’au lieu d’une discussion sérieuse il n’y avait eu que des paroles: Verba et voces. Ils allèrent trouver Marmus, et lui firent de cruels reproches.

«L’avenir de la science était dans vos mains, et vous l’avez trahie! Pourquoi ne pas vous être fait un nom immortel, en proclamant le grand principe de l’attraction moléculaire?

—Remarquez, dit Marmus, avec quel soin mon élève s’est abstenu de parler de vous, de vous injurier. Nous avons ménagé Cerceau pour pouvoir vous rendre justice plus tard.»

Sur ces entrefaites, l’illustre Marmus fut nommé député par l’arrondissement où il était né, dans les Pyrénées-Orientales; mais, avant sa nomination, Cerceau le fit nommer quelque part professeur de quelque chose, et ses occupations législatives déterminèrent la création d’un suppléant qui fut le bibliothécaire, l’ancien journaliste qui se fit préparer son cours par un homme de talent inconnu auquel il donna de temps en temps vingt francs.

La trahison fut alors évidente. Sir Fairnight indigné écrivit en Angleterre, fit un appel à onze pairs qui s’intéressaient à la science, et je fus acheté pour une somme de quatre mille livres sterling, que se partagèrent le professeur et son suppléant.

Je suis, en ce moment, aussi heureux que l’est mon maître. L’astucieux bibliothécaire profita de mon voyage pour voir Londres, sous le prétexte de donner des instructions à mon gardien, mais bien pour s’entendre avec lui. Je fus ravi de mon avenir en entrant dans la place qui m’était destinée. Sous ce rapport, les Anglais sont magnifiques. On m’avait préparé une charmante vallée, d’un quart d’acre, au bout de laquelle se trouve une belle cabane construite en bûches d’acajou. Une espèce de constable est attaché à ma personne, à cinquante livres sterling d’appointements.