«Art. II.—Pour éloigner l’ignorance et la mauvaise foi, ces deux fléaux de la vérité, l’ouvrage sera écrit par les Animaux eux-mêmes, seuls juges compétents.
«Art. III.—Comme les arts et la librairie sont encore dans l’enfance parmi eux, la nation s’adressera, par l’intermédiaire de ses ambassadeurs, pour illustrer cet ouvrage, à un nommé Grandville, qui aurait mérité d’être un Animal, s’il n’avait de temps en temps ravalé son beau talent en le consacrant à la représentation toujours flattée, il est vrai, de ses semblables. (Voir les Métamorphoses.)
«Et pour l’impression, elle s’adressera à une maison de librairie connue, dans le monde pittoresque, sous le nom de J. Hetzel, et qui n’a pas de préjugés.»
Ces trois articles sont mis aux voix et adoptés successivement, quoique le Centre tout entier se soit levé contre.
Quand ce résultat eut été proclamé à haute voix par le Président, qui avait si habilement dirigé les débats sans rien dire ni rien faire, l’Assemblée, électrisée, se leva comme un seul Animal, plusieurs Membres quittèrent leur place pour aller serrer la patte de l’orateur, qui, satisfait du résultat, se mêla modestement à la foule.
«O siècle bavard! s’écria un vieux Faucon irlandais, étranges logiciens! vous avez griffes et dents, l’espace est devant vous, la liberté est quelque part, et il va vous suffire de noircir du papier!»
Cette protestation fut étouffée par le bruit des conversations particulières, et se perdit au milieu de l’enthousiasme général.
Le Corbeau se tira une plume de l’aile, et rédigea sur papier timbré le procès-verbal de la séance.
Lequel procès-verbal fut lu, approuvé et paraphé par une commission qui fut chargée de veiller à son exécution; chacun s’engageant, du reste, à concourir de son mieux, unguibus et rostro, au succès de la publication.
Le Renard, qui avait fait la motion, l’Aigle, le Pélican et un jeune Sanglier, désignés ad hoc, ces trois derniers par le sort, se transportèrent dès le matin à Saint-Mandé, et se présentèrent chez M. Grandville.