Cette entrevue fut remarquable sous plus d’un rapport.

M. Grandville les reçut avec tous les honneurs dus à leur caractère d’Ambassadeurs, et s’entendit sans peine avec eux. Il obtint du Renard, sur les mœurs et coutumes de la race animale, quelques renseignements pleins de malice dont il compte tirer bon parti.

Il fut décidé que, pour faire preuve d’impartialité, on consentirait à ne pas représenter uniquement les Animaux, et qu’on accorderait à l’Homme lui-même une petite place dans cette publication.

Pour obtenir cette concession, le Peintre laissa entendre que la différence entre l’Homme et l’Animal n’était pas si grande que messieurs les Ambassadeurs semblaient le penser, et que d’ailleurs les Animaux ne pourraient que gagner à la comparaison. Après quelques difficultés que la politesse et la modestie leur commandaient, messieurs les Ambassadeurs convinrent du fait, et tombèrent d’accord sur ce point comme sur tous les autres.

La lenteur est de bon goût chez des ambassadeurs. Leurs Excellences montèrent donc en fiacre et rentrèrent dans Paris. A la barrière, un des commis de l’octroi, fort mauvais naturaliste, ayant pris, à la première vue, le Sanglier pour un Cochon, prétendit lui faire payer des droits d’entrée, et n’en reçut qu’un coup de boutoir. Ils descendirent rue Jacob, no 18.

Messieurs les Députés furent charmés du bon accueil qu’ils reçurent de leurs éditeurs.

Ceux-ci, flattés que la Race Animale, dont ils ont toujours fait grand cas, eût songé à eux pour une publication de cette importance, promirent de donner tous leurs soins à cette affaire, de laquelle ils espèrent tirer encore plus d’honneur que de profit.

Le Sanglier lui-même, qui était venu avec quelques préventions, s’avoua satisfait et reçut avec un vif plaisir un exemplaire des Lettres de Jean Macé sur la vie de l’Homme et des Animaux, qu’il avait paru apprécier. M. J. Hetzel fit agréer au Pélican une très-jolie collection du Magasin d’éducation et de récréation, en le priant de l’offrir à ses fils, dont il avait entendu faire de grands éloges; ce bon père fut touché de la délicatesse de cette attention. L’Aigle mit sans façon sous son aile les quatre séries des Romans nationaux de MM. Erckmann-Chatrian, et les Voyages extraordinaires de M. Jules Verne. Le Renard, en compère intelligent, refusa obstinément tout cadeau, et se contenta d’emporter quelques milliers de Catalogues, qu’il promit, d’un air matois, de répandre toutes les fois qu’il en trouverait l’occasion.

Après quelques petits arrangements de pure forme, il fut convenu que le Singe servirait d’intermédiaire et serait, en s’adjoignant le Perroquet, chargé de s’entendre avec messieurs les Animaux Rédacteurs, qui auraient à lui adresser leurs manuscrits, en indiquant soigneusement les adresses de leurs nids, tanières, perchoirs, etc., etc., pour que les épreuves pussent être envoyées exactement aux auteurs.