Le matin, à l’aurore, le Grand-Chien, commandant les hallebardiers, dans son grand costume et armé de toutes pièces, rangea la garde en bataille. Le vieux roi se mit sur son trône. Au-dessus, on voyait ses armes représentant une chimère au grand trot, poursuivie par un poignard. Là, devant tous les Oisons qui composaient la cour, le grand Griffon apporta le sceptre et la couronne. Le Cosmopolite dit à voix basse ces remarquables paroles à ses lionceaux, qui reçurent sa bénédiction, seule chose qu’il voulut leur donner, car il garda judicieusement ses trésors.
«Enfants, je vous prête ma couronne pour quelques jours, essayez de plaire au peuple et vous m’en direz des nouvelles.»
Puis, à haute voix et se tournant vers la cour, il cria:
«Obéissez à mon fils, il a mes instructions!»
Les jeunes Lionceaux reçurent sa bénédiction.
Dès que le jeune Lion eut le gouvernement des affaires, il fut assailli par la jeunesse Lionne dont les prétentions excessives, les doctrines, l’ardeur, en harmonie d’ailleurs avec les idées des deux jeunes gens, firent renvoyer les anciens conseillers de la couronne. Chacun voulut leur vendre son concours. Le nombre des places ne se trouva point en rapport avec le nombre des ambitions légitimes; il y eut des mécontents qui réveillèrent les masses intelligentes. Il s’éleva des tumultes, les jeunes tyrans eurent la patte forcée et furent obligés de recourir à la vieille expérience du Cosmopolite, qui, vous le devinez, fomentait ces agitations. Aussi, en quelques heures, le tumulte fut-il apaisé. L’ordre régna dans la capitale. Un baise-griffe s’ensuivit, et la cour fit un grand carnaval pour célébrer le retour au statu quo qui parut être le vœu du peuple. Le jeune prince, trompé par cette scène de haute comédie, rendit le trône à son père, qui lui rendit son affection.
Pour se débarrasser de son fils, le vieux Lion lui donna une mission. Si les Hommes ont la question d’Orient, les Lions ont la question d’Europe, où depuis quelque temps des Hommes usurpaient leur nom, leurs crinières et leurs habitudes de conquête. Les susceptibilités nationales des Lions s’étaient effarouchées. Et, pour préoccuper les esprits, les empêcher de retroubler sa tranquillité, le Cosmopolite jugea nécessaire de provoquer des explications internationales de tanière à Camarilla. Son Altesse Lionne, accompagnée d’un de ses Tigres ordinaires, partit pour Paris sans aucun attaché.
Nous donnons ici les dépêches diplomatiques du jeune prince et celles de son Tigre ordinaire.