«—Quel avantage les Hommes trouvent-ils, cher prince Oursakoff, à prendre nos noms sans pouvoir prendre nos qualités?
«—Il est plus facile d’avoir de l’esprit en se disant une Bête qu’en se donnant pour un Homme de talent! D’ailleurs, les Hommes ont toujours si bien senti notre supériorité que, de tout temps, ils se sont servis de nous pour s’anoblir. Regardez les vieux blasons: partout des Animaux!»
«Voulant, Sire, connaître l’opinion des cours du Nord dans cette grande question, je lui dis: «En avez-vous écrit à votre gouvernement?»
«—Le cabinet Ours est plus fier que celui des Lions, il ne reconnaît pas l’Homme.
«—Prétendriez-vous, vieux glaçon à deux pattes, et poudré de neige, que le Lion, mon maître, n’est pas le roi des Animaux?»
«L’Ours blanc prit, sans vouloir répondre, une attitude si dédaigneuse, que d’un bond je brisai les barreaux de mon appartement. Son Altesse, attentive à la querelle, en avait fait autant, et j’allais venger l’honneur de votre couronne, lorsque votre auguste fils me dit très-judicieusement qu’au moment d’avoir des explications à Paris il ne fallait pas se brouiller avec les puissances du Nord.
«Cette scène avait eu lieu pendant la nuit, il nous fut donc très-facile d’arriver en quelques bonds sur les boulevards, où, vers le petit jour, nous fûmes accueillis par des: «Oh! c’te tête!—Sont-ils bien déguisés!—Ne dirait-on pas de véritables Animaux!»
III
Le prince Léo est à Paris pendant le carnaval.—Jugement que porte Son Altesse sur ce qu’elle voit.