«Frères, avez-vous renoncé à échapper aux Hommes? Vous laisserez-vous arrêter à moitié chemin par la trahison?
—Le Chamois: «Plutôt les avalanches que les Hommes méchants!»—
«Frères, nous sommes forts, et la liberté sourit aux braves. Heureux l’Animal qui ne dépend de personne.
«Frères, le plus fort, c’est celui qui ne craint rien.
«Frères, quand les lois ne commandent plus au peuple, il faut que le peuple commande aux lois.
«Frères, la liberté enfante des colosses; mais que faire d’une loi qui d’un Aigle fait un Oison, et d’un Lion un bavard?
«Frères, dût la société tomber en poussière, il faut détruire cette loi mauvaise.»
S’il faut en croire le complaisant rédacteur de cette pompeuse relation, l’effet de ce discours fut prodigieux. Nous ne répondrons qu’à un seul point de ce merveilleux dithyrambe. Vous dites donc, citoyen Bison, que nous vous avons trahis, que nous vous avons vendus!... Oui nous vous avons vendus, et nous en sommes fiers; nous vous avons vendus à 20,000 exemplaires! En eussiez-vous su faire autant? N’est-ce pas grâce à nous que vous avez commencé à valoir quelque chose?
Le doyen du Jardin des Plantes, un vénérable Buffle, dont nous aimons la personne et dont nous estimons le caractère, sans partager cependant toutes ses opinions, prit alors la parole et répondit en ces termes au discours du Bison, son cousin:
«Mes enfants, dit le vieillard, je suis le plus vieil esclave de ce jardin. J’ai le triste honneur d’être votre doyen, et des jours si éloignés de ma jeunesse je me souviendrais à peine, si l’on pouvait oublier qu’on a été libre, si peu libre qu’on ait été. Mes enfants, c’est en vain que trente ans d’esclavage pèsent sur mes vieilles épaules: quel que soit mon âge, je me sens rajeunir à la pensée que le jour de la liberté viendra.