—Bravos prolongés.—
«Je parle de votre liberté, mes enfants, et non de la mienne, car mes yeux se fermeront avant que le soleil ait éclairé un jour si beau: esclave j’ai vécu, esclave je mourrai!
—«Non! non! s’écria-t-on de tous côtés, vous ne mourrez point!»—
«Mes bons amis, reprit le vieillard, il ne serait pas en votre pouvoir d’ajouter une heure à ma vie. Mais qu’importe? ce n’est pas de ceux qui partent, c’est de ceux qui restent qu’il faut s’inquiéter; ce n’est pas la liberté d’un seul ou de quelques-uns, c’est la liberté de tous qui m’est chère, et c’est au nom de cette précieuse liberté de tous que je vous conjure de rester unis.
—Rumeur en sens divers.—
«Mes enfants, ne vous arrachez pas, ne vous disputez pas les misérables lambeaux du pouvoir. Quand vous aurez changé votre cheval borgne contre un aveugle, croyez-vous que les choses en iront mieux? Pensez aux petits, aux classes faibles et dépouillées qui souffrent de toutes ces divisions, et dites-vous, dites-vous à toute heure du jour, que le bien ne saurait s’acheter au poids d’un si grand mal: un peu plus ou un peu moins de puissance pour quelques-uns d’entre vous, qu’est-ce à côté de la paix entre frères, et de l’union de tous?»
La fin de ce discours fut écoutée avec froideur; le respect qu’on avait pour l’orateur empêcha seul toute manifestation contraire. Le vieux Buffle vit bien qu’il n’avait convaincu personne. «La guerre civile mène au despotisme, et non à la liberté,» dit le sage vieillard en reprenant tristement sa place.
«Sommes-nous au sermon?» s’écria le Loup-Cervier.
Il va sans dire que Messieurs les conjurés ne s’arrêtèrent pas en si beau chemin. Il n’y a jamais tant d’orateurs que quand les affaires vont mal. Après les discours du Bison et du Buffle, vint celui du Sanglier, qui parla tant qu’il eut de la voix, «et avec une telle éloquence, dit le Journal de la Réforme, que notre sténographe lui-même, partageant l’émotion générale, se trouva hors d’état de tenir la plume.»
Nous en restons là de nos citations, et si Messieurs les révoltés veulent bien nous le permettre, nous allons compléter ce récit avec des détails authentiques que nous tenons d’un Furet de nos amis qui s’était imprudemment laissé entraîner à cette réunion dont il avait été, du reste, bien loin de prévoir le but: