Air: Femmes, voulez-vous éprouver.
Un Éléphant se balançait
Sur une toile d’Araignée;
Voyant qu’il se divertissait,
Une Mouche en fut indignée:
Comment peux-tu te réjouir,
Dit-elle, en voyant ma souffrance?
Ah! viens plutôt me secourir,
Ma main sera ta récompense.
Au moment où le triomphe nous paraissait le plus certain, la face des choses a changé complétement, et la fortune s’est déclarée contre nous.
Pouvions-nous prévoir un pareil désastre, après avoir vu partir notre belle armée équipée avec tant de soin et si bien disposée? Quelques Mouches savantes, dont les études avaient été dirigées vers l’art de la mécanique, pour lequel on sait que les Mouches ont d’étonnantes dispositions, commandaient l’artillerie. Les plus robustes traînaient des munitions de guerre dans des petits caissons faits de gousses de pois secs, et d’autres portaient sur l’épaule des petits mousquets faits avec la centième partie d’un fétu de paille, mais qu’elles tenaient d’un air si martial, que c’était plaisir de voir ces braves petites Mouches voler à la gloire, comme s’il se fût agi d’aller à la picorée d’une fleur. Les deux armées se sont rencontrées sur les galeries vitrées qui couvrent les serres chaudes. Dans cette fatale journée une circonstance fortuite fit perdre au prince Bourdon, général en chef de notre armée ailée, le fruit d’une des plus grandes manœuvres qui aient jamais été essayées.
Il avait partagé son armée en trois masses: la droite, commandée par lui-même entouré de son brillant état-major où l’on remarquait, parmi les colonels, des Papillons, le vénérable Priam, l’Apollon, le Paon de jour, le Cupidon, était forte de sept régiments d’infanterie légère; les Sauterelles, les Criquets, les Perce-Oreilles, les Psoques, les Perles et les Éphémères.—Tous pleins d’ardeur.
Et la gauche, commandée par l’Urocère géant, se composait des régiments des Capricornes, des Troglodytes, des Gribouris, des Ténébrions et des Charançons.
La droite avait à combattre la gauche des ennemis commandée par le chef féroce de la famille des Coléoptères: le Scarabée Hercule, suivi des phalanges redoutables des Goliath, des Boucliers, des Hannetons, des Cousins, des Bombardiers et des Taupins.—Que pouvaient faire les troupes légères du prince Bourdon contre cette impénétrable infanterie?
Sa gauche était opposée aux sections des Andrènes mineuses, coupeuses et charpentières, et à la corporation des Rhinocéros, qui, n’ayant qu’une corne, obéissent naturellement au Cerf-Volant, qui en a deux.
Son centre avait pour adversaire la foule immense des Moucherons, des Pucerons, des Teignes et des insectes à deux cent quarante pattes.
Le prince Bourdon avait espéré que le Scarabée Hercule commencerait l’attaque et ferait traverser à ses lourdes troupes la distance qui séparait les deux armées; mais le Scarabée Hercule, auquel un faux Bourdon déserteur avait dévoilé les projets du prince, défendit aux siens de bouger, et fit serrer les rangs et ployer les ailes, résolu d’attendre le choc sans l’aller chercher.