«Voyons pourtant ces pétitions, dit-il, et fermons les yeux pour plus d’impartialité.»
Il en ouvrit une, la première venue, au hasard: c’était celle du Butor. Elle était couverte d’un nombre incalculable de signatures de toutes sortes, écrites en toutes les langues et dans tous les patois, et de petites croix surtout, le nombre des Bêtes qui ne savent pas signer leur nom étant, à ce qu’il paraît, considérable.
Elle était conçue en ces termes:
«Nous, soussignés, déclarons que nous en avons assez du tableau de nos discordes civiles. Le présent article est si long, que la fin nous a fait complétement oublier le commencement. Nous demandons à grands cris qu’il finisse, et que celui du Merle blanc commence.»
Suivent les signatures et les petites croix.
«Voilà une pétition que j’aime, dit le Renard, elle nous dispense d’ouvrir les autres. Et quant au reste, ajouta-t-il, ma foi, au diable les pétitionnaires, et au feu les pétitions!»
Aussitôt dit, aussitôt fait.
On brûla tout; et jamais, de mémoire d’Hommes ou de Bêtes, il ne s’était vu un si grand feu.
Quand on vit ce feu, ce furent des réjouissances universelles.
«C’est un feu de joie, se disait-on, notre gouvernement est content, tout va bien! Vive notre nouveau rédacteur en chef!»