LE MARI
DE LA REINE

Le premier acte politique auquel je pris part en qualité d’Abeille m’impressionna si vivement, que je suis forcée d’attribuer à son influence l’étrangeté qui signala ma vie. Permettez-moi d’entrer en matière sans un plus long préambule et de vous raconter immédiatement ce petit incident.

Je sortais de l’enfance et je venais d’être nommée citoyenne de la ruche, lorsqu’un matin je fus réveillée tout à coup par des bruits inaccoutumés. On frappait à la cloison, on murmurait, on m’appelait par mon nom...

«Qu’est-ce qu’il y a, m’écriai-je, qu’est-ce qu’il y a?

—Viens vite, mignonne, me répondit-on du dehors, on va exécuter monsieur, et tu fais partie du peloton d’honneur.»

Ces mots, que je comprenais à peine,—j’étais si jeune encore!—m’effrayèrent horriblement. Je savais bien que monsieur devait être exécuté, mais l’idée que je pourrais jouer un rôle quelconque dans ce drame ne m’était jamais entrée dans l’esprit.

«Me voilà!» m’écriai-je.