Puis, ayant regardé de mon côté, il s’aperçut de son erreur; il ajouta en souriant:

«Je ne te gêne pas, mon enfant? Eh bien, continue ta besogne et laisse-moi dormir en paix.»

Il y avait au fond de cette fleur une odeur pénétrante et délicieuse qui, sans doute, me monta au cerveau, car je perdis immédiatement la conscience de mes devoirs et je restai rêveuse en face de ce Faux-Bourdon. «Que sommes-nous, pensai-je, nous autres misérables travailleuses, fabriquant le miel, pétrissant la cire ou soignant les marmots, que sommes-nous en comparaison de ces admirables désœuvrés qui s’endorment au fond des fleurs et rêvent perpétuellement que la Reine leur sourit?»

Alors, oh! je l’avoue, j’eus honte de ma condition modeste et laborieuse. «Comment pourrait-il, en effet, aimer une bonne d’enfant? me disais-je. Si j’étais au moins l’une de ces belles guêpes à fine taille qui s’en vont par le monde, agaçant les passants, insouciantes, coquettes, méchantes, inutiles, toujours armées et toujours en toilette, peut-être m’aimerait-il!»

La crainte n’est-elle pas un commencement d’amour?

La menace n’est-elle pas un moyen de séduction?

Toutes ces pensées et mille autres plus folles encore bouillonnaient dans ma tête, mais mon admiration pour lui n’en devint que plus violente, et je m’écriai hors de moi:

«Ah, tenez, Prince, vous êtes véritablement bien beau!