Le professeur Granarius.
Assurément, dit un soir, sous les tilleuls, le professeur Granarius, ce qu’il y a de plus curieux en ce moment, à Paris, est la conduite de Jarpéado. Certes, si les Français se conduisaient ainsi, nous n’aurions pas besoin de codes, remontrances, mandements, sermons religieux, ou mercuriales sociales, et nous ne verrions pas tant de scandales. Rien ne démontre mieux que c’est la raison, cet attribut dont s’enorgueillit l’Homme, qui cause tous les maux de la Société.»
Mademoiselle Anna Granarius, qui aimait un simple élève naturaliste, ne put s’empêcher de rougir, d’autant plus qu’elle était blonde et d’une excessive délicatesse de teint, une vraie héroïne de roman écossais, aux yeux bleus, enfin presque douée de seconde vue. Aussi s’aperçut-elle, à l’air candide et presque niais du professeur, qu’il avait dit une de ces banalités familières aux savants qui ne sont jamais savants que d’une manière. Elle se leva pour se promener dans le Jardin des Plantes, qui se trouvait alors fermé, car il était huit heures et demie, et au mois de juillet le Jardin des Plantes renvoie le public au moment où les poésies du soir commencent leurs chants. Se promener alors dans ce parc solitaire est une des plus douces jouissances, surtout en compagnie d’une Anna.
«Qu’est-ce que mon père veut dire avec ce Jarpéado qui lui tourne la tête?» se demanda-t-elle en s’asseyant au bord de la grande serre.
Et la jolie Anna demeura pensive, et si pensive, que la Pensée, comme il n’est pas rare de lui voir faire de ces tours de force chez les jeunes personnes, absorba le corps et l’annula. Elle resta clouée à la pierre sur laquelle elle s’était assise. Le vieux professeur, trop occupé, ne chercha pas sa fille et la laissa dans l’état où l’avait mise cette disposition nerveuse qui, quatre cents ans plus tôt, l’eût conduite à un bûcher sur la place de Grève. Ce que c’est que de naître à propos.
II