«Ah! disait-il à sa charmante épouse, j’y vois clair maintenant. J’aurais dû fonder mon empire avec Finna, et faire de toi ma maîtresse idéale. O Virginie! n’es-tu pas l’idéal, cette fleur céleste dont la vue nous suffit? Tu me serais alors restée, et Finna seule aurait péri.»

Ainsi, dans son désespoir, Paul inventait la bigamie, il arrivait aux doctrines des anciens de l’Orient en souhaitant une femme chargée de faire la famille, et une femme destinée à être la poésie de sa vie, admirable conception des temps primitifs qui, de nos jours, passe pour être une combinaison immorale. Mais la reine Jarpéada rendit ces souhaits inutiles. Elle recommença plus voluptueusement encore la scène de Finna, sur le même terrain, c’est-à-dire sous les ombrages odoriférants du parc, par une nuit étoilée où les parfums dansaient leurs boléros, où tout inspirait l’amour. Paul, dont la résistance avait été héroïque aux prestiges de Finna, ne put se dispenser d’emporter alors la reine Jarpéada dans un furieux transport d’amour.

«Pauvres petites bêtes du bon Dieu! se dit Anna, elles sont bien heureuses, quelles poésies!... L’amour est la loi des mondes inférieurs, aussi bien que des mondes supérieurs; tandis que chez l’Homme, qui est entre les Animaux et les Anges, la raison gâte tout!»


IX

Où apparaît une certaine demoiselle Pigoizeau.

Pendant que ces choses tenaient la fille de Granarius en émoi, Jules Sauval se répandait dans les sociétés du Marais, conduit par sa tante, qui tenait à lui faire faire un riche établissement. Par une belle soirée du mois d’août, madame Sauval obligea son neveu d’aller chez un monsieur Pigoizeau, ancien bimbelotier du passage de l’Ancre, qui s’était retiré du commerce avec quarante mille livres de rente, une maison de campagne à Boissy-Saint-Léger et une fille unique âgée de vingt-sept ans, un peu rousse, mais à laquelle il donnait quatre cent mille francs, fruit de ses économies depuis neuf ans, outre les espérances consistant en quarante mille francs de rente, la maison de campagne et un hôtel qu’il venait d’acheter rue de Vendôme, au Marais. Le dîner fut évidemment donné pour le célèbre naturaliste, à qui Pigoizeau, très-bien avec le chef de l’État, voulait faire obtenir la croix de la Légion d’honneur. Pigoizeau tenait à garder sa fille et son gendre avec lui; mais il voulait un gendre célèbre, capable de devenir professeur, de publier des livres et d’être l’objet d’articles dans les journaux.

Après le dessert, la tante prit son neveu Jules par le bras, l’emmena dans le jardin et lui dit à brûle-pourpoint:

«Que penses-tu d’Amélie Pigoizeau?

—Elle est effroyablement laide, elle a le nez en trompette et des taches de rousseur.