«Ne pleure plus, Minette, me disait une voix (celle de mon mauvais Génie, sans doute) l’heure de ta délivrance approche. Cette pauvre demeure est indigne de toi; tu es faite pour habiter un palais.
—Hélas! répondait une autre voix plus faible, celle de ma conscience, vous vous moquez, seigneur; un palais n’est pas fait pour moi.
—La Beauté est la reine du monde, reprenait la première voix; tu es belle, donc tu es reine. Quelle robe est plus blanche que ta robe? quels yeux sont plus beaux que tes beaux yeux?
—Pense à ta mère, me disait de l’autre côté la voix suppliante. Peux-tu l’oublier? Et pense à Bébé aussi, ajouta-t-elle tout bas.
—Bébé ne songe guère à toi, et ta mère ne t’aime plus, me criait la première voix. D’ailleurs la nature seule est ta mère. Le germe d’où tu devais sortir est créé depuis des millions d’années; le hasard seul a désigné celle qui t’a donné le jour pour développer ce germe; c’est au hasard que tu dois tout, et rien qu’au hasard! Lève-toi, Minette, lève-toi! le monde est devant toi. Ici, la misère et l’obscurité; là-bas, la richesse et l’éclat.»
Mon bon Génie essaya encore de parler; mais il ne dit rien, car il vit bien que l’instinct de la coquetterie avait pénétré dans mon cœur, et que j’étais une chatte perdue. Il se retira en pleurant.
«Lève-toi et suis-moi,» disait toujours la première voix. Et cette voix devenait de plus en plus impérieuse et en même temps de plus en plus tendre; et cet appel devenait irrésistible.
Je me levai donc.
J’ouvris les yeux. «Qui m’appelle?» m’écriai-je. Juge de ma surprise, Bébé, car ce n’était point une illusion, et je ne cessais point d’entendre cette voix qui m’avait parlé pendant mon évanouissement.