J’étais fantasque, et il m’assurait que madame l’ambassadrice serait enchantée de me voir tout casser chez elle quand l’humeur m’en prendrait, pour peu que j’y misse de la gentillesse. Ses magots, ses vieux sèvres et tous ces précieux bric-à-brac qui faisaient de ses appartements un magasin de curiosités, seraient à ma disposition.
J’aimais à me faire servir, j’aurais une femme de chambre, et ma noble maîtresse elle-même se mettrait à mon service, si je savais m’y prendre. «On nous appelle Animaux domestiques, me disait-il, qui peut dire pourquoi? Que faisons-nous dans une maison? qui servons-nous? et qui nous sert, si ce ne sont nos maîtres?»
J’étais belle, et il me le disait; et mes yeux d’or, et mes vingt-six dents, et mon petit nez rose, et mes naissantes moustaches, et mon éclatante blancheur, et les ongles transparents de ma douce patte de velours, tout cela était parfait.
J’étais friande aussi (il pensait à tout), et, à l’entendre, ce n’étaient que ruisseaux de lait sucré qui couleraient dans le paradis de notre ménage.
J’étais désolée enfin, et il m’assurait, par contrat, un bonheur sans nuages! Le chagrin ne m’approcherait jamais, je brillerais comme un diamant, je ferais envie à toutes les Chattes de France; en un mot, je serais sa femme, Chatte d’ambassadrice, et titrée.
Que te dirai-je, Bébé? Il fallait le suivre, et je le suivis.
C’est ainsi que je devins...
Mme de Brisquet!
DE LA MÊME A LA MÊME.