QUATRIÈME LETTRE.

Oui, Bébé, madame de Brisquet!!!

Plains-moi, Bébé; car, en écrivant ce nom, je t’ai dit d’un seul mot tous mes malheurs!

Et pourtant, j’ai été heureuse, j’ai cru l’être, du moins, car d’abord rien de ce que Brisquet m’avait promis ne me manqua. J’eus les richesses, j’eus les honneurs, j’eus les friandises, j’eus le manchon! et l’affection de mon mari.

Notre entrée dans l’hôtel fut un véritable triomphe. La fenêtre même du boudoir de madame l’ambassadrice se trouva toute grande ouverte pour nous recevoir. En me voyant paraître, cette illustre dame ne put s’empêcher de s’écrier que j’étais la Chatte la plus distinguée qu’elle eût jamais vue. Elle nous accueillit avec la plus grande bonté, approuva hautement notre union, et, après m’avoir accablée d’agréables compliments et de mille gracieuses flatteries, elle sonna ses gens, leur enjoignit à tous d’avoir pour moi les plus grands égards, et me choisit parmi ses femmes celle qu’elle paraissait aimer le plus, pour l’attacher spécialement à ma personne.

Ce que Brisquet avait prédit arriva: en dépit de l’envie, je fus proclamée bientôt la reine des Chattes, la beauté à la mode, par les Angoras les plus renommés de Paris. Chose bizarre! je recevais sans embarras, et comme s’ils m’eussent été dus, tous ces hommages. J’étais née noble dans une boutique, disait le chevalier de Brisquet, qui affirmait qu’on peut naître noble partout.

Mon mari était fier de mes succès, et moi j’étais heureuse, car je croyais à un bonheur sans fin.

Tiens, Bébé, quand je reviens sur ces souvenirs, je me demande comment il peut me rester quelque chose au cœur!

Mon bonheur sans fin dura quinze jours!... au bout desquels je sentis tout d’un coup que Brisquet m’aimait bien peu, s’il m’avait jamais aimée. En vain me disait-il qu’il n’avait point changé, je ne pouvais être sa dupe. «Ton affection, qui est toujours la même, semble diminuer tous les jours,» lui disais-je.