Bébé, c’est décidé, et j’y suis résolue: il faut que je retourne au grenier, auprès de toi, auprès de ma pauvre mère, qui finira peut-être par me reconnaître. Ne crains rien, je travaillerai, j’oublierai ces vaines richesses; je chasserai patiemment et humblement à tes côtés, je saurai être pauvre enfin! Va, la providence des Chats, qui est plus forte que la providence des Souris, fera quelque chose pour nous. D’ailleurs, c’est peut-être bon de n’avoir rien au monde.

Adieu, je ne pense plus qu’à m’échapper; demain peut-être, tu me verras arriver.

Minette.


BÉBÉ A MINETTE.

CINQUIÈME LETTRE.

C’est parce que je viens de lire et de relire d’un bout à l’autre ta triste et longue lettre; c’est parce que plus d’une fois, en la lisant, mon cœur a saigné au récit de tes douleurs; c’est parce que je suis prête à dire avec toi, ma sœur, que tu as expié bien cruellement une faute qui, dans son principe, n’était que vénielle; c’est enfin parce que je ne songe point à nier tes malheurs de grande dame que je comprends (on comprend toujours les malheurs de ceux qu’on aime); c’est à cause de tout cela, Minette, que je te crie du fond de mon cœur et du fond de mon grenier: «Reste dans ton palais, ma sœur, car il est toujours temps d’être pauvre; car dans ton palais tu n’es que malheureuse, et ici, et à nos côtés, tu serais misérable... Restes-y, car sous les tables somptueuses tu n’as ni faim ni soif, tandis qu’ici tu aurais faim et soif; comme ta mère et comme ta sœur ont faim et soif.»

Écoute-moi bien, Minette, il n’y a qu’un malheur au monde, c’est la pauvreté, quand on n’est pas tout seul à la souffrir.

Je ne t’en dirai pas long pour te prouver que rien n’égale notre misère! A l’heure qu’il est, les maçons sortent du grenier, dans lequel ils n’ont pas laissé un seul trou... partant pas une Souris; et ma mère, qui n’a rien vu, rien entendu, m’appelle. Elle a faim, je n’ai rien à lui donner, et j’ai faim comme elle.

Bébé.