Le repos de Minette fut surtout troublé par la nouvelle qu’elle apprit de la mort de Brisquet, qui, ayant été jeté d’un quatrième étage dans la rue par un mari qu’il avait offensé, tomba si mal, qu’il en mourut.
Madame de Brisquet voulut pleurer son mari: «Il avait du bon,» disait-elle; mais sa sœur l’en empêcha. Bébé, la voyant veuve et sans enfants, songea à la remarier à quelques amis de Pompon, qui l’aimaient éperdument, et qui passaient les nuits et les jours sous ses fenêtres, dans l’espoir de toucher son cœur. Mais elle s’y refusa absolument. «On n’aime qu’une fois,» dit-elle. En vain Bébé lui représenta-t-elle que jamais Chats n’avaient mieux mérité d’être écoutés. «Ma chère, lui répondait tout doucement Minette, il y a des Chats pour lesquels on voudrait mourir, mais avec lesquels on doit refuser de vivre. D’ailleurs, mon parti est pris, je resterai veuve.
—Toi qui as eu à lire tout au long le récit de mes peines de cœur, disait-elle presque gaiement à sa sœur, n’en as-tu pas assez comme cela, et veux-tu donc que je recommence?»
Après l’avoir pressée encore un peu, quand on vit qu’elle tenait bon, on finit par lui dire: «Fais comme tu voudras.» Et il n’y eut de malheureux que les malheureux Chats qui soupiraient et qui soupirent encore pour elle. Mais tout le monde ne peut pas être heureux.
Quant à Bébé, elle eut avec son mari Pompon tout le bonheur qu’elle méritait; et si ce n’est qu’elle eut le chagrin de perdre sa mère qui mourut, paisiblement il est vrai, et de vieillesse, entre ses bras, après avoir béni tous ses enfants, elle eût joui d’un bonheur sans nuages; car elle ne tarda pas à devenir mère à son tour d’une foule de petits Pompons et de petites Bébés, et aussi de quelques Minettes, ainsi nommées à cause de leur tante, qui se serait bien gardée de donner à aucune de ses nièces son ancien nom de Rosa-Mika.
Bébé, en bonne mère, nourrit elle-même tous ses petits Chats, dont le moins gentil était encore charmant, puisqu’on n’en noya pas un seul.
Il faut dire que la jeune maîtresse de Bébé s’était mariée à peu près dans le même temps qu’elle, et que, pour plaire à sa femme, son mari faisait semblant d’aimer les Chats à la folie, quoique, à vrai dire, il préférât les Chiens.
P. J. Stahl.