Voilà le sort qui m’attend.
Sais-tu pourquoi, Bébé? C’est parce que je suis malade, et que ma maîtresse, qui est très-sensible, ne peut voir ni souffrir ni mourir chez elle. «Pauvre Rosa-Mika, a-t-elle dit, comme elle est changée!» Et de sa voix la plus attendrie, elle a donné l’ordre fatal.
«Noyez-la bien surtout, dit-elle à l’exécuteur auquel elle a voulu parler elle-même; noyez-la bien, Baptiste, et ne la faites pas trop souffrir, cette pauvre Bête!»
Eh bien, Bébé, qu’en dis-tu? envies-tu toujours mon malheur? Voilà, ma sœur, ce qui a empêché l’heureuse Minette de t’écrire, et de te porter son dîner qu’elle t’avait réservé.
Adieu, Bébé; encore quelques minutes, encore quelques points, et tout sera dit, et je serai morte sans vous avoir embrassées!
Minette.
EPILOGUE.
NOTE DU RÉDACTEUR EN CHEF.
Nous sommes heureux de pouvoir ajouter que la pauvre Minette n’est pas morte. Il résulte des informations que nous avons prises qu’elle échappa comme par miracle, et même tout à fait par miracle, au triste sort qui la menaçait, sa méchante maîtresse étant heureusement venue à mourir subitement, ainsi que sa femme de chambre, avant que le sac fût cousu tout à fait. Par une singularité que les médecins auraient peine à expliquer, Minette, une fois sa frayeur passée, se trouva radicalement guérie et de sa peur et de sa maladie. Les deux sœurs finirent par se rejoindre, et vécurent ensemble dans la plus touchante intimité, ni trop riches ni trop pauvres, de sorte qu’elles furent contentes toutes les deux... quoique, à vrai dire, Minette, qui n’avait pas su s’arranger de la richesse, ne sût pas toujours s’arranger de la médiocrité.