Les habitants des terriers, nids, taillis, trous, taupinières et marécages voisins, accoururent en foule pour assister à ces solennités judiciaires. Les Oies, les Butors, les Buses et les Pies étaient en majorité.
Il en est toujours ainsi.
Une tribune était réservée aux journalistes, Canards et Perroquets pour la plupart. Avec quel empressement ils étaient venus là! C’est comme sur une proie qu’ils se jettent sur un procès bien noir et bien affreux! Voilà leurs rédacteurs habituels dispensés de se mettre en frais d’imagination; la copie arrive toute faite, suffisamment épicée, bourrée d’incidents dramatiques qu’ils n’auraient pas trouvés, et le directeur peut crier fièrement aux typographes: «Vous tirerez dix mille de plus!»
N’entrons pas dans le détail de toutes les affaires qui ont occupé la session. Laissons de côté les poursuites dirigées contre une Grive, pour dispute de cabaret; un Paon, pour usurpation de titres; une Pie, pour vol domestique; un Chat, pour infanticide; un Pierrot, pour vagabondage; un Renard, pour banqueroute frauduleuse; un Bouc, pour danse illicite; un Chat-huant, pour tapage nocturne; un Merle, pour délit de presse; un Coq gaulois, pour excitation à la haine et au mépris du gouvernement. Parlons seulement de deux causes majeures, comme dit un Rat de mes amis, nourri des bouquins d’un savant: Musa, mihi causas memora!
Il y a quelques mois, on lisait dans le Microcosme, journal des canards:
«Un crime affreux vient d’épouvanter nos contrées si longtemps paisibles.
«Au moment où les Animaux confédérés venaient de se jurer une fraternité éternelle, on a trouvé au coin d’un bois un Crapaud affreusement empoisonné!
«La justice informe.»
Elle informa si bien, qu’elle incarcéra deux Moutons, trois Escargots et quatre Lézards, tous également innocents; aussi furent-ils relâchés immédiatement, après avoir subi quatre-vingt-quinze jours d’arrestation préventive.
Dieu nous garde, messieurs, d’être accusés de n’importe quoi!