On commence par vous mettre en cage.
On vous y garde pour vous interroger, pour exiger un compte minutieux de vos occupations, pour demander quel a été l’emploi de votre journée tel ou tel jour il y a plusieurs mois; et après qu’il est bien et dûment établi que vous êtes étranger au crime, on vous prie poliment de rentrer chez vous.
Pendant ce temps vos affaires ont langui;
Vos créanciers sont devenus furieux;
Vos débiteurs ont disparu;
Votre famille a pâti.
Des calomnies de toute espèce ont été propagées sur votre compte, et on trouve toujours des Animaux qui disent: «Il n’y a pas de feu sans fumée.»
Ceux qui subirent l’arrestation préventive, dans le procès que je narre, ne purent fournir aucun indice. L’instruction se poursuivit avec la plus grande activité, sous la direction de deux Tortues; mais plus on avançait, moins on pénétrait l’horrible mystère et drame dans lequel avait succombé l’infortuné Crapaud.
Enfin une Taupe, sortant à tâtons de son terrier, vint raconter qu’elle avait vu une énorme Vipère (monstrum horrendum, comme dirait mon ami le Rat) s’élancer sur le Crapaud. Confronté avec le cadavre qu’on avait soigneusement embaumé, le témoin déclara positivement que ça devait être lui.