Ou ce Lézard était aveugle, ou il était de pierre.
L’espérance la soutint aussi longtemps qu’elle crut que son Lézard n’aimait rien.
Mais que devint-elle, grand Dieu! quand elle s’aperçut qu’elle avait pour rival, elle petite Lézarde, humble Lézarde, le soleil, et que l’ingrat n’avait d’yeux que pour lui!
Aimer le soleil! Sans le profond respect que lui inspirait son étrange rival, elle eût cru que son Lézard avait perdu la tête; car, à vrai dire, elle ne se rendait pas bien compte d’une passion aussi singulière, et, pour sa part, elle ne comprenait pas bien qu’un Lézard intelligent ne pût s’arranger de façon à aimer à la fois et le soleil et une Lézarde.
C’était une bonne âme, mais elle n’était nullement artiste, et n’entendait rien aux sublimes extravagances de la poésie.
A la fin, le désespoir s’empara d’elle, et, sans en rien dire à personne, elle se prit d’un si grand dégoût de la vie, qu’elle résolut d’y mettre fin. A la voir, on ne l’eût jamais soupçonnée d’avoir cette folle envie de mourir à la fleur de son âge et dans tout l’éclat de sa beauté. Mais telle était sa fantaisie, et rien ne pouvait l’en détourner.
Poursuivie par ses sombres pensées, elle courait, au péril de ses jours, à travers les fossés profonds et les échaliers serrés, et la lisière des bois verdoyants, et les semailles, et les moissons, et les vergers, et les routes poudreuses, sans craindre ni le pied de l’Homme, ni la serre de l’Oiseau de proie. Que lui servait de vivre et d’être jolie, d’avoir une belle robe bien ajustée, et d’en pouvoir changer tous les huit jours, et de porter à son cou un collier d’or qui eût fait envie à une princesse, du moment où elle ne savait que faire de tout cela?
Vous tous, qui avez souffert comme elle, vous comprenez qu’elle songeât à la mort.
V
«Vivre ou mourir, disait-elle, lequel des deux vaut le mieux?»