Un vieux Rat, à moitié aveugle, passait en ce moment au bas de la ruine.

«Mieux vaut mourir que rester misérable,» murmurait le vieux Rat qui marchait avec peine, et qui pensait tout haut comme beaucoup de vieilles gens. Ceux de messieurs les Animaux domestiques qui s’étonnent de tout s’étonneront peut-être de voir ces paroles dans la bouche d’un Rat des champs. Mais y a-t-il donc deux manières de formuler une même vérité? Seulement à la ville et chez les Hommes la vérité se chante, ailleurs on la crie ou on l’étouffe.

La pauvre Lézarde était superstitieuse; elle vit dans ces paroles que le hasard seul lui apportait, dans cette vieille rengaîne de tous les vieux Rats, une réponse directe à sa question et un avertissement du ciel.

Elle pouvait encore apercevoir la queue pelée de son oracle qui traînait après lui dans la poussière, que déjà son parti était pris.

«Je mourrai, s’écria-t-elle; mais il saura que je meurs pour lui.»

VI

Tel est l’empire d’une grande résolution, que cette Lézarde, qui jusque-là n’avait jamais osé regarder en face celui qu’elle aimait, se trouva, comme par miracle, à côté de lui.

Quand le Lézard vit cette jolie Lézarde venir à lui d’un air si déterminé, il se retira de quelques pas en arrière parce qu’il était timide.

Quand, de son côté, la Lézarde vit qu’il allait s’en aller, elle faillit s’en aller comme lui, parce qu’elle était timide aussi. Timide? direz-vous. Soyez moins sévère, chère lectrice, pour une Lézarde qui va mourir. D’ailleurs, il lui en avait tant coûté d’avoir du courage, qu’elle ne voulut pas avoir fait un effort inutile.

«Reste, lui dit-elle, écoute-moi, et laisse-moi parler.»