Faites-vous donc Grande-Duchesse!

Et madame la Duchesse? Au bout de quinze jours, son séducteur l’abandonna pour une vraie Duchesse qu’il emmena en Grèce, où ses ancêtres avaient été rois. Elle en fut si humiliée, qu’elle maigrit à vue d’œil, et mourut, seule, dans le tronc d’un vieux saule, de honte, de misère et presque de faim, bien coupable, mais aussi bien malheureuse.

Faites-vous donc Grand Duc et Grande Duchesse!


Où l’auteur reprend la parole pour son propre compte.—Conclusion.

On voyagerait pendant une éternité, on ne s’arrêterait pas plus que le temps, que cette agitation sans fin ne suffirait pas à rendre le mouvement à un cœur fatigué. Après avoir été partout, ou peu s’en faut, je me demandai à quoi avait abouti cette course d’âme en peine, et si les Corneilles étaient faites pour courir le monde ou pour vivre en société. N’y avait-il pas eu dans cette soumission aux exigences de mon chagrin, si légitime qu’il fût, plus d’égoïsme que de raison? la lutte n’eût-elle pas été plus glorieuse que la fuite? et si triste qu’eût pu être mon existence, n’eût-il pas mieux valu la consacrer à mes pareilles, que de l’user sans profit pour personne dans de stériles voyages? Le résultat de ces réflexions tardives, comme toutes les réflexions, fut que je ferais bien de retourner parmi les miens.

Mais où me fixer?

Les vieilles cathédrales sont les hôtelleries naturelles des voyageurs de notre espèce. J’avais visité, pendant le cours de mes voyages, presque toutes les églises de France. A laquelle devais-je donner la préférence?

J’hésitais entre trois surtout.

Retournerais-je à Strasbourg, ma patrie? Reverrais-je ma chère cathédrale avec sa flèche élégante, ses fines ciselures et sa pierre inattaquable? Mais non! tout m’y rappellerait le passé, et rien n’est plus triste que de se souvenir qu’on a été heureux, quand on ne l’est plus.