«Les cages seront ouvertes de midi à deux heures, et les nouveaux Animaux visibles, quand la température le permettra.
«On recommande aussi aux curieux de ne point trop agacer les nouveaux hôtes du Jardin des Plantes, ceci pouvant, malgré les précautions qu’on a prises, n’être pas sans danger.»
Grâce à la stupeur universelle, cet arrêt barbare fut exécuté sans provoquer de résistance. La foule a ses jours d’inertie.
Dès le lendemain, on lisait dans le journal officiel de la capitale la note suivante:
«Onze nouveaux Animaux, dont l’espèce n’a encore été décrite par aucun naturaliste, mais auxquels on s’accorde assez généralement à donner le nom de Littérateurs, ont été substitués, dans les cages et cabanes du Jardin des Plantes, aux Lions, aux Ours, aux Tigres, aux Panthères et aux Anes, lesquels, ayant cessé d’exciter la curiosité publique, ont été admis à faire valoir leurs droits à la retraite. Le Jardin des Plantes présente un aspect inaccoutumé. Les vétérans ont peine à contenir la foule. Parmi les curieux, on a remarqué les anciens pensionnaires du Jardin, et ceux des Animaux de la province et de l’étranger qui ont pu se soustraire à leurs travaux quotidiens. La vue des hôtes du Jardin qui les remplacent semble piquer au plus haut point leur curiosité. Puisque ce sont eux qui sont en cage, c’est donc que nous sommes libres, se disent entre elles ces bonnes âmes.»
Un mois ne s’était pas écoulé que les Tourterelles, à bout de soupirs, s’étaient décidées à remonter sur leurs nuages. L’amour leur restait, qui console de tout—les Tourterelles.
L’Ours avait regagné en grondant sa tanière; mais bientôt, bourgeois résigné, il s’était fait bonne d’enfants dans sa propre maison, bien décidé à ne jamais laisser dire un mot de politique à ses fils.