Les Tortues, les Manchots, les Chauves-Souris, les Écrevisses, et bon nombre de Scarabées: ceux-ci par besoin de faire montre de leurs cuirasses, ceux-là et celles-là par amour pour le progrès, sous quelque forme qu’il se déguise, firent un feu de joie de tous les manuscrits, projets de réforme, rappels de leurs droits qu’ils s’étaient proposé de mettre au jour, sous le régime précédent. Ce qui leur prouva bien le danger de ces papiers incendiaires, c’est que l’instant de lumière qu’ils produisirent en brûlant leur causa une sorte d’éblouissement.

Le Chien reprit sagement son métier d’aveugle et sa serinette, jugeant que ce métier avait du bon quand quelques sous tombaient dans sa sébile.

Celui qui sembla s’accommoder le moins du sort nouveau qu’on lui faisait, ce fut un petit Animal hargneux et étrange, tel qu’on en pourrait rêver seulement dans les visions d’une nouvelle apocalypse, lequel prétendait opiniâtrément que son devoir était de protester.

Moitié Hérisson, moitié Bouledogue, cet être bizarre, qui a emprunté à l’Homme quelque chose de son visage, avait pour poils un buisson de dards qui affectaient la forme de lames de canif, de porte-crayons, de grattoirs et de plumes de fer. De là le nom de Porte-plume ou de Journaliste qu’il prétendait se donner. Il s’accroupit en frémissant devant le gardien vigilant à qui incomba la tâche ingrate de le surveiller. La verge incessamment levée sur cette tête rageuse finira-t-elle par le dompter? Les honnêtes gens qui aiment avoir l’esprit en repos osent l’espérer.

Que dire encore? Le monde des Bêtes est rentré dans le silence. On assure que malgré son immobilité apparente la terre a continué de tourner, et que le mot de Galilée «E pur si muove» est resté vrai. Mais le mouvement s’opère-t-il en avant ou en arrière? La question est plus facile à poser qu’à résoudre. Ceci est le secret des dieux, non des Bêtes, dont nous n’avons été ici que l’humble rapporteur.

P. J. Stahl.