«Wergiss mein nicht, aime-moi, aime-moi; tourne ta blanche couronne et ton cœur vers ce petit coin de terre où tu es adorée; je suis une petite plante comme toi, et j’aime tout ce que tu aimes,» disait tout bas à la Marguerite désolée une fleur bleue, sa voisine, qui avait tout entendu.
«Bonne fleur, pensai-je, si les fleurs sont faites pour s’entr’aimer peut-être seras-tu récompensée;» et je pus rejoindre moins triste mon frivole élève.
«J’aime le mouvement, j’ai des ailes pour voler, répétait-il avec mélancolie. Les Papillons sont bien à plaindre! Je ne veux plus rien voir de ce qui tient à la terre. Je veux oublier ces fleurs immobiles, ces rencontres m’ont profondément attristé! Cette vie m’est odieuse...»
Et je le vis s’élancer vers le fleuve, comme s’il eût été emporté par une résolution soudaine! Un funeste pressentiment traversa mon cerveau... «Grand Dieu! m’écriai-je, voudrait-il mourir!» Et j’arrivai éperdue au bord de l’eau que je savais profonde en cet endroit.
Mais déjà tout était calme, et rien ne paraissait à la surface que les feuilles flottantes de Nénufar autour desquelles des Araignées aquatiques décrivaient des cercles bizarres.
Vous l’avouerai-je? mon sang se glaça!
Folle que j’étais, j’en fus quitte, Dieu merci, pour la peur; une touffe de Roseaux me l’avait caché.
«Bon Dieu, me criait-il d’une voix railleuse, que fais-tu là depuis si longtemps, ma sage gouvernante? Prends-tu le Rhin pour un miroir, ou bien songerais-tu à te noyer? Viens donc de ce côté; et si tu as quelque affection pour moi, sois heureuse, car j’ai trouvé le bonheur! J’aime enfin, et cette fois pour toujours..., non plus une triste fleur, attachée au sol et condamnée à la terre, mais bien un trésor, une perle, un diamant, une fille de l’air, une fleur vivante et animée qui a des ailes enfin, quatre ailes minces et transparentes, enrichies d’anneaux précieux, des ailes plus belles que les miennes peut-être, pour franchir les airs et voler avec moi.»