Et j’aperçus, posée sur la pointe d’un Roseau, et doucement balancée par le vent, une gracieuse Demoiselle aux vives allures.

«Je te présente ma fiancée, me dit-il.

—Quoi! m’écriai-je, les choses en sont-elles déjà là?

—Déjà? repartit la Demoiselle; nos ombres ont grandi, et ces Glaïeuls se sont fermés depuis que nous nous connaissons. Il m’a dit que j’étais belle, et je l’ai aimé aussitôt pour sa franchise et pour sa bonne grâce.

—Hélas! Mademoiselle, lui répondis-je, s’il faut se ressembler pour se marier, mariez-vous, et soyez heureux. Je n’ai pas encore pris parti contre le mariage.»

Je dois convenir qu’ils arrivèrent à Baden du même vol, ou peu s’en faut. Ils visitèrent ensemble, le même jour, avec une rare conformité de caprice, les beaux jardins du palais des Jeux, le vieux château, le couvent, Lichtenthal, la vallée du ciel, et la vallée de l’enfer sa voisine. Je les vis s’éprendre tous deux du frais murmure du même ruisseau, et le quitter tous deux avec la même inconstance.

Le mariage avait été annoncé pour le lendemain. Les témoins furent, pour la Demoiselle, un Cousin et un Capricorne de sa famille, et pour le Papillon, un respectable Paon de nuit, qui s’était fait accompagner de sa nièce, jeune Chenille fort bien élevée, et d’un Bousier de ses amis.

On assure que dans le moment où le Cerf-Volant qui les maria ouvrit le Code civil au chapitre VI, concernant les droits et les devoirs respectifs des époux, et prononça d’une voix pénétrée ces formidables paroles:

«Art. 212.—Les époux se doivent mutuellement fidélité, secours, assistance.

«Art. 213.—Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari.