De tous les points de la création, des Délégués de chaque Espèce animale sont accourus pour plaider la cause de la liberté.

Dès une heure la séance est très-animée; on peut déjà prévoir qu’elle sera dramatique, les usages académiques et parlementaires étant encore peu familiers aux membres de cette illustre Réunion.

Du reste, la physionomie de l’Assemblée est triste et morne en général: on voit bien que c’est l’anniversaire de la mort de La Fontaine.

MM. les Animaux civilisés sont en deuil et portent pour la plupart un crêpe, tandis que les autres, qui méprisent ces vaines marques de la douleur, se contentent de laisser tomber leurs oreilles et traîner tristement leur queue.

Dans plusieurs centres particuliers on s’échauffe sur les préliminaires à établir, sur les formes à suivre, sur le règlement à instituer, et enfin sur la question de la présidence.

Le Singe propose d’imiter en tout les coutumes des Hommes, qui, dit-il, se conduisent entre eux avec une certaine habileté.

Le Caméléon est de l’avis de l’orateur.

Le Serpent le siffle.

Le Loup s’indigne qu’on ait ainsi recours à la politique de ses ennemis. «D’ailleurs singer n’est pas imiter.»

Un vieux Corbeau fort érudit croasse de sa place qu’il y aurait danger à suivre de pareils exemples; il cite le vers si connu: