Timeo Danaos et dona ferentes,
«Je crains les Hommes et ce qui me vient d’eux.»
Il est félicité tout haut, dans la langue de Virgile, sur l’heureux choix de sa citation, par un Hibou allemand très-versé dans l’étude des langues mortes, qui, ne sachant pas un mot de français, est enchanté de trouver à qui parler.
—La Buse contemple avec respect ces deux savants latinistes.—L’Oiseau-Moqueur fait remarquer au Merle qu’il y a un moyen infaillible de passer dans le monde pour un Animal instruit, c’est de parler à chacun de ce qu’il ne sait pas.—
Le Caméléon est successivement de l’avis du Loup, du Corbeau, du Serpent et du Hibou allemand.
La Marmotte se lève et dit que la vie est un songe. L’Hirondelle répond qu’elle est un voyage. L’Éphémère meurt en disant qu’elle est trop courte. Un membre de la Gauche demande le rappel à la question.
Le Lièvre l’avait déjà oubliée.
L’Ane, qui vient enfin de la comprendre, s’exclame à tue-tête, demande le silence et l’obtient. (Son discours est écrit.)
—La Pie se bouche les oreilles et dit que les ennuyeux sont comme les sourds: quand ils parlent, ils ne s’entendent pas.—
L’orateur dit que, puisque la question de la présidence est la première en discussion, il croit rendre service à l’Assemblée en lui proposant de se charger de ce difficile emploi. Il pense que sa fermeté bien connue, que son intelligence proverbiale en Arcadie, que sa patience surtout, le rendent digne du suffrage de ses concitoyens.
Le Loup s’irrite de ce que l’Ane, ce triste jouet de l’Homme, ose se croire des droits à présider une Assemblée libre et réformatrice; il dit que l’éloge de sa patience est un coup de sabot donné aux honorables représentants.