Faut-il chercher le bonheur? demandai-je au Lièvre.—Cherchez-le, me répondit-il, mais en tremblant.

—L’Oiseau anonyme.—

I

Si je n’étais pas né en plein midi, sous les rayons d’un soleil brûlant dont les ardeurs me firent éclore, et qui, par conséquent, fut bien autant mon père que le brave Pingouin qui avait abandonné dans le sable l’œuf (très-dur) que j’eus à percer en venant au monde... et si d’ailleurs j’étais d’humeur à faire, en si grave matière, une mauvaise plaisanterie, je dirais que je suis né sous une mauvaise étoile.

Mais étant né, comme je viens de le dire, en plein soleil, c’est-à-dire en l’absence de toute étoile, bonne ou mauvaise, je me contenterai d’avancer que je suis né dans un mauvais jour, et je le prouverai.

Quand je fus venu à bout de sortir de la coquille où j’étais emprisonné depuis longtemps, et fort à l’étroit, je vous assure, je restai pendant plus d’une heure comme abasourdi de ce qui venait de m’arriver.

Je dois l’avouer, la naissance a quelque chose de si imprévu et de si nouveau, qu’eût-on cent fois plus de présence d’esprit qu’on n’a l’habitude d’en avoir dans ces sortes de circonstances, on garderait encore de ce moment un souvenir extrêmement confus.

«Ma foi, me dis-je aussitôt que j’eus, non pas repris, mais pris mes sens, qui m’eût dit, il n’y a pas un quart d’heure, quand j’étais accroupi dans cette abominable coquille où tout mouvement m’était interdit, qui m’eût dit qu’après avoir été trop gros pour mon œuf, j’en viendrais à avoir trop de place quelque part?»