Il faut s'adresser à Paris,
Ou chez Conrat, le secrétaire,
Ou chez Courbé, l'homme d'affaire
De tous messieurs les beaux-esprits,
Croyant après cela n'avoir plus rien de rare il voir en ce pays, nous le quittâmes sur-le-champ, et même avec empressement, pour aller goûter des muscats à la Cioutat. Nous n'y arrivâmes pourtant que fort tard, parée que les chemins sont rudes, et que passant par Cassis, il est bien difficile de ne s'y pas arrêter à boire. Vous n'êtes pas assurément curieux de savoir de la Cioutat,
Que les marchands et les nochers
La rendent fort considérable;
Mais pour le muscat adorable.
Qu'un soleil proche et favorable
Confit dans les brûlants rochers,
Vous en aurez, frères très-chers,
Et du meilleur sur votre table.
Les grandes affaires que nous avions en ce lieu furent achevées aussitôt que nous eûmes acheté le meilleur vin. Ainsi le lendemain, sur le midi, nous nous acheminâmes vers Toulon. Cette ville est dans une situation amirable, exposée au midi, et couverte au septentrion par des montagnes élevées jusqu'aux nues, qui rendent son port le plus grand et le plus sûr qui soit au monde. Nous y trouvâmes M. le chevalier Paul, qui, par sa charge, par son mérite et par sa dépense, est le premier et le plus considérable du pays.
C'est ce Paul dont l'expérience
Gourmande la mer et le vent,
Dont le bonheur et la vaillance
Rendent formidable la France
À tous les peuples du Levant.
Ces vers sont aussi magnifiques que sa mine; mais, en vérité, quoiqu'elle ait quelque chose de sombre, il ne laisse pas d'être commode, doux et tout à fait honnête. Il nous régala dans sa cassine, si propre et si bien entendue, qu'elle semble un petit palais enchanté.
Nous n'avions trouvé jusque-là que des orangers de médiocre grandeur, et dans des jardins. L'envie d'en voir de gros comme des chênes, et dans le milieu des campagnes, nous fit aller jusqu'à Hyères. Que ce lieu nous plut! Qu'il est charmant! Et quel séjour serait-ce que Paris sous un si beau climat!
Que c'est avec plaisir qu'aux mois
Si fâcheux en France et si froids,
On est contraint de chercher l'ombre
Des orangers qu'en mille endroits
On y voit, sans rang et sans nombre.
Former des forêts et des bois.
Là, jamais les plus grands hivers
N'ont pu leur déclarer la guerre.
Cet heureux coin de l'univers
Les a toujours beaux, toujours verts,
Toujours fleuris en pleine terre.
Qu'ils nous ont donné de mépris pour les nôtres, dont les plus conservés et les mieux gardés ne doivent pas être, en comparaison, appelés des orangers!
Car ces petits nains contrefaits.
Toujours tapis entre deux ais.
Et contraints sous des casemates.
Ne sont, à bien parler, que vrais
Et misérables culs-de-jattes.