Sur ses colonnes, des feuillages
Entrelacés dans des berceaux,
Forment un dôme de rameaux.
Dont les délicieux ombrages
Font goûter, dans des lieux si beaux,
Le frais des plus sombres bocages.
Sous cette voûte de cerceaux,
La plus heureuse des naïades
Répand le cristal de ses eaux
Par deux différentes cascades.
Au pied de leur dernier bassin.
On frère, garçon très-capable,
Entouré de flacons de vin,
Plaçait le buffet et la table.
Tout auprès, un dîner dont la suave odeur Aurait du plus mince mangeur
Provoqué la concupiscence,
Tenu sur des fourneaux à son point de chaleur,
Pour disparaître, attendait la présence
De quatre bernardins qui s'ennuyaient au chœur.
Dans ce moment nous enviâmes presque le sort de ces pauvres religieux: nous nous regardions de cet air qui peint si bien tous les mouvements de l'âme. Chacun de nous appliquait ce qu'il voyait à sa vocation particulière, et nous nous devinions sans nous parier.
L'abbé convoitait l'abbaye:
Pour moi, qui pensais moins à Dieu,
«Ah! disais-je, si dans ce lieu
Je trouvais Iris ou Sylvie...»
Car voilà, les hommes. Ce qui est un sujet d'édification pour les uns, est un objet de scandale pour les autres. Que de morale a débiter là-dessus! Prenons congé de la délicieuse fontaine: elle nous a menés un peu loin.
Ô fontaine de Vallemagne!
Flots sans cesse renouvelés,
La plus agréable campagne
Ne vaut pas vos bords isolés.
Il n'y avait plus qu'une poste pour arriver à Loupian, lieu célèbre par ses vins, dont nos devanciers voulurent se mettre à portée de juger. Leurs imitateurs, en ce point seul, nous nous y arrêtâmes. Mais l'année, nous dit-on, n'avait pas été bonne. L'hôtesse entreprit de nous dédommager avec des huîtres d'un goût fort inférieur à celles de l'Océan.
Remontés en chaise, nous nous livrions à l'admiration que nous causait la beauté du pays,
Quand deux gentilles demoiselles,
D'un air agréable et badin
Qui n'annonçait pas des cruelles,
Nous arrêtèrent en chemin.