Là, d'une obligeante manière,
D'un visage ouvert et riant,
Il nous fit bonne et grande chère,
Nous donnant à son ordinaire
Tout ce que Blois a de friant.

Son couvert était le plus propre du monde; il ne souffrit pas sur sa nappe une seule miette de pain. Des verres bien rincés, de toutes sortes de figures, brillaient sans nombre sur son buffet, et la glace était tout autour en abondance.

En ce lieu seul nous bûmes frais;
Car il a trouvé des merveilles
Sur la glace et sur les banquets,
Et pour empêcher les bouteilles
D'être à la merci des laquais.

Sa salle était parée pour le ballet du soir; toutes les belles de la ville priées; tous les violons de la province assemblés, et tout cela se faisait pour divertir madame Le Bailleul.

Et cette belle présidente
Nous parut si bien ce jour-là,
Qu'elle en devait être contente.
Assurément elle effaça
Tant de beautés qu'à Blois on vante.

Ni la bonne compagnie, ni les divertissements qui se préparaient, ne purent nous empêcher de partir incontinent après le dîner. Amboise devait être notre couchée, et comme il était déjà tard, nous n'eûmes que le temps qu'il fallait pour y pouvoir arriver. La soirée s'y passa fort mélancoliquement dans le déplaisir de n'avoir plus à voyager sur la levée et sur la vue de cette agréable rivière

Qui, par le milieu de la France,
Entre les plus heureux coteaux,
Laisse en paix répandre ses eaux,
Et porte partout l'abondance
Dans cent villes et cent châteaux
Qu'elle embellit de sa présence.

Depuis Amboise jusqu'à Fontallade, nous vous épargnerons la peine de lire les incommodités de quatre méchants gîtes, et à nous le chagrin d'un si fâcheux ressouvenir. Vous saurez seulement que la joie de M. de Lussan ne parut pas petite de voir arriver chez lui des personnes qu'il aimait si tendrement; mais, nonobstant la beauté de sa maison et sa grande chère, il n'aura que les cinq vers que vous avez déjà vus.

Ni les pays où croît l'encens,
Ni ceux d'où vient la cassonade,
Ne sont point pour charmer les sens,
Ce qu'est l'aimable Fontallade
Du tendre et commode Lussans.

Il ne se contenta pas de nous avoir si bien reçus chez lui, il voulut encore nous accompagner jusqu'à Blaye. Nous nous détournâmes un peu de notre chemin, pour aller rendre tous ensemble nos devoirs à M. le marquis de Jonzac, son beau-frère. Un compliment de part et d'autre décida la visite; et de toutes les offres qu'il nous fit, nous n'acceptâmes que des perdreaux et du pain tendre. Cette provision nous fut assez nécessaire, comme vous allez voir: