Ismir en descendoit l'escalier dans ce moment même, pour aller se promener au bord de la mer, comme il faisoit tous les jours, & voir arriver son amiral, duquel il n'avoit aucun nouvelle.

Etoilette reconnut le prince aussi-tôt, & lui voyant la couronne sur la tête, & un manteau de gaze noire, ne douta pas qu'il ne fût devenu roi. Elle s'étonnoit seulement de lui voir une colombe sur l'épaule; elle s'avança en tremblant, & fit cependant un compliment fort galant & fort délicat. Le jeune roi, enchanté de l'esprit & des graces de l'Ethiopienne, fut persuadé, à la magnificence de sa parure, que c'était une personne importante. Il faut dire tout; un secret pressentiment, que les seuls vrais amans connoissent, lui inspira de la curiosité: il s'approcha donc avec empressement, & lui demanda ce qui l'amenoit à sa cour.

Etoilette, pénétrée d'une joie si vive de voir son amant, pensa mourir de douleur de n'en être pas reconnue; mais la joie l'emporta, & sur-tout la confiance qu'elle avoit aux promesses de la fée. Sans répondre au roi, elle accorda sa guitare, & chanta ces paroles: on verra qu'elle les fit sur le champ.

Je viens d'un pays lointain

A vos regrets mettre fin.

Etoilette, blanchelete,

Pour vous, d'une amour parfaite,

Refuse un roi du canton,

Qui de son cœur lui fait don.

Mais ce roi, beau, ce dit-on,