—Jeune homme, me dit-il, vous venez d'entendre beaucoup de bruit; pourquoi vous êtes-vous tiré de la mêlée?

Jeune homme vous venez d'entendre beaucoup de bruit, pourquoi vous êtes vous tiré de la mêlée?

C'est, lui répondis-je, que j'aime mieux me taire, que d'approuver ou blâmer ce que je ne connois pas: je ne sais pas même ce que veut dire le mot de cabale.

Il a plusieurs significations, me dit-il: mais ce n'est point d'elles dont il s'agit, c'est de la chose. Croyez-vous qu'il puisse exister une science qui enseigne à transformer les métaux, & à réduire les esprits sous notre obéissance?...

Je ne connois rien des esprits, à commencer par le mien, sinon que je suis sûr de son existence. Quant aux métaux, je sais la valeur d'un carlin au jeu, à l'auberge & ailleurs, & ne peux rien assurer ni nier sur l'essence des uns & des autres, sur les modifications & impressions dont ils sont susceptibles.

Mon jeune camarade, j'aime beaucoup votre ignorance, elle vaut bien la doctrine des autres: au moins vous n'êtes pas dans l'erreur, & si vous n'êtes pas instruit, vous êtes susceptible de l'être. Votre naturel, la franchise de votre caractère, la droiture de votre esprit me plaisent: je sais quelque chose de plus que le commun des hommes; jurez-moi le plus grand secret sur votre parole d'honneur, promettez de vous conduire avec prudence, & vous serez mon écolier.

L'ouverture que vous me faites, mon cher Soberano, m'est très-agréable. La curiosité est ma plus forte passion. Je vous avouerai que naturellement j'ai peu d'empressement pour nos connoissances ordinaires; elles m'ont toujours semblé trop bornées, & j'ai deviné cette sphère élevée dans laquelle vous voulez m'aider à m'élancer: mais quelle est la première clef de la science dont vous parlez? Selon ce que disoient nos camarades en disputant, ce sont les esprits eux-mêmes qui nous instruisent; peut-on se lier avec eux?

Vous avez dit le mot, Alvare; on n'apprendroit rien de soi-même; quant à la possibilité de nos liaisons, je vais vous en donner une preuve sans réplique.