Olympia, repris-je le plus froidement qu'il me fut possible, je vous ai juré, je vous le répète, & je vous jure encore que ce n'est pas une femme; & plût au ciel!...

Que veulent dire ces mensonges, & ce plût au ciel, monstre? Renvoie-la, te dis-je, ou... Mais j'ai d'autre ressources; je te démasquerai, & elle entendra raison, si tu n'es pas susceptible de l'entendre.

Excédé par ce torrent d'injures & de menaces, mais affectant de n'être point ému, je me retirai chez moi, quoiqu'il fût tard.

Mon arrivée parut surprendre mes domestiques & sur-tout Biondetta; elle témoigna quelque inquiétude sur ma santé: je répondis qu'elle n'étoit point altérée. Je ne lui parlois presque jamais depuis ma liaison avec Olympia, & il n'y avoit eu aucun changement dans sa conduite à mon égard; mais on en remarquoit dans ses traits; il y avoit sur le ton général de sa physionomie une teinte d'abattement & de mélancolie.

Le lendemain, à peine étois-je éveillé que Biondetta entre dans ma chambre, une lettre ouverte à la main. Elle me la remet, & je lis:

AU PRÉTENDU BIONDETTO.

«Je ne sais qui vous êtes, madame, ni ce que vous pouvez faire chez Dom Alvare; mais vous êtes trop jeune pour n'être pas excusable, & en de trop mauvaises mains pour ne pas exciter la compassion. Ce cavalier vous aura promis ce qu'il promet à tout le monde, ce qu'il me jure encore tous les jours, quoique déterminé à nous trahir. On dit que vous êtes sage autant que belle; vous serez susceptible d'un bon conseil. Vous êtes en âge, madame, de réparer le tort que vous pouvez vous être fait; une ame sensible vous en offre les moyens. On ne marchandera point sur la force du sacrifice que l'on doit faire pour assurer votre repos. Il faut qu'il soit proportionné à votre état, aux vues que l'on vous a sait abandonner, à celles que vous pouvez avoir pour l'avenir, & par conséquent vous réglerez tout vous-même. Si vous persistez à vouloir être trompée & malheureuse, & à en faire d'autres, attendez-vous à tout ce que le désespoir peut suggèrer de plus violent à une rivale. J'attends votre réponse».

Après avoir lu cette lettre, je la remis à Biondetta. Répondez, lui dis-je, à cette femme qu'elle est folle; & vous savez mieux que moi combien elle l'est.....

Vous la connoissez, Dom Alvare, n'appréhendez-vous rien d'elle?... J'appréhende qu'elle ne m'ennuie plus long-temps; ainsi je la quitte; & pour m'en délivrer plus sûrement, je vais louer ce matin une jolie maison que l'on m'a proposée sur la Brenta. Je m'habillai sur le champ, & allai conclure mon marché. Chemin faisant, je réfléchissois aux menaces d'Olympia. Pauvre folle! disois-je, elle veut tuer.... Je ne pus jamais, & sans savoir pourquoi, prononcer le mot.